La trempe à l'œil nu

Le hamon est la partie de la lame que l'on regarde le plus et que l'on comprend le plus mal. Son dessin aide à situer une école et une époque, mais ce qui parle de la qualité, c'est la texture du bord trempé : le grain, l'éclat, la régularité. Ce thème parcourt les tracés avec leur école, l'activité visible dans la trempe, l'endroit où elle commence, l'ombre de l'utsuri, la pointe, et ce que le polissage change et ne change pas.

Ce qu'est le hamon, et pourquoi son dessin ne mesure pas la qualité

Le hamon (刃文) est la frontière visible de la zone trempée qui porte le tranchant, le yakiba (焼刃). Il naît de la trempe : le forgeron recouvre la lame d'une argile (yakiba-tsuchi, 焼刃土) fine vers le tranchant et épaisse vers le dos, la chauffe et la plonge dans l'eau ; le tranchant refroidit vite et durcit, le reste refroidit lentement et reste plus tenace. La pose de l'argile est expliquée dans « Anatomie du katana » et dans « Forge et construction » ; il s'agit ici de lire le résultat.

Le dessin ne dépend pas de la seule argile. L'acier, le feu et l'eau le modulent. D'où l'intérêt de séparer deux questions. Quel dessin aide à situer une école et une époque. Comment il est fait — un bord lumineux, net et constant, aux particules fines et bien réparties — est ce qui parle du métier. Un tracé spectaculaire au bord trouble fait une lame moins bonne qu'un suguha simple et propre.

Dans les ateliers, on répète que les grands midare et chōji anciens ont été dessinés par l'acier plus que par la main du forgeron : avec un acier très sensible, l'argile ne fait que canaliser ce que la trempe fait d'elle-même. C'est pourquoi ces tracés ne se laissent pas tout à fait copier, et pourquoi leurs imitations tardives ont quelque chose de dessiné.

L'histoire se résume en trois temps. Jusqu'au XIIIe siècle dominent les trempes droites ou d'une irrégularité menue (suguha, ko-midare, ko-chōji). À partir de la fin du XIIIe siècle, le dessin devient intentionnel : gunome à Osafune, notare dans le Sōshū et chez Kanemitsu. Au shintō culminent les tracés picturaux, comme le tōran-ba d'Ōsaka. Les dates et les écoles précises se trouvent dans « Le gokaden et les écoles ».

Gros plan d'une lame, la zone trempée blanche et ondulée contre le ji plus sombre, et de fins traits qui descendent vers le tranchant.
Un hamon de près : la zone trempée, blanche, contre l'acier plus sombre du ji. La qualité est dans ce bord, non dans la forme des ondes. Crédit: Ian Armstrong · CC BY-SA · via Wikimedia Commons

Nie et nioi : le grain de la trempe

Nie (沸) et nioi (匂) sont la même structure trempée vue à deux échelles. Le nie se distingue grain par grain, comme du givre ; le nioi est si fin que l'œil le fond en une brume lumineuse. Le ko-nie (小沸) est un nie menu ; l'ara-nie (荒沸), un nie grossier ; le kazunoko-nie (数の子沸), des taches de nie grossier que l'on associe au shintō de Satsuma. Une lame est nie-deki (沸出来) ou nioi-deki (匂出来) selon que l'un ou l'autre domine.

La frontière entre le yakiba et le ji est le habuchi (刃縁) ; vue par son nioi, toujours présent même quand le nie domine, elle s'appelle nioiguchi (匂口). On la décrit par sa largeur — large et profonde (nioi-fukashi, 匂深し) ou serrée (nioi-shimaru, 匂締まる) — et par sa lumière : brillante, nette ou éteinte.

Quelques règles d'école, avec la prudence que mérite toute règle : nioiguchi très lumineux dans l'Osafune classique (Nagamitsu, Kagemitsu) et chez Kotetsu ; éteint dans bien des écoles provinciales du Kyūshū et du Hokkoku anciens ; large au shintō, surtout à Ōsaka et à Hizen. Et une mise en garde de méthode : le nioiguchi n'est pas le hadori, le blanc que le polisseur donne à la zone trempée. Pour voir le bord réel, il faut une lumière ponctuelle et incliner la lame jusqu'à ce que le reflet passe dessus.

Deux agrandissements du bord de la trempe : à gauche, des points isolés le long de la frontière ; à droite, une bande diffuse sans points.
Nie et nioi au bord de la trempe (habuchi) : des grains que l'on compte un à un, ou une brume continue. Schéma: Kantei
Portion d'un katana exposé sur une étoffe claire, à la trempe ondulée dont le bord est brillant et granuleux.
Le « Ishida Masamune », katana non signé attribué à Masamune (Sōshū, XIVe siècle), Bien culturel important : la tradition du Sōshū travaille en nie. Crédit: Kakidai · CC BY-SA · via Wikimedia Commons
Détail de la lame d'un kodachi à la trempe irrégulière, au bord net et continu.
Le « Hachiya Nagamitsu », kodachi de Nagamitsu (Osafune, XIIIe siècle) : le Bizen classique est surtout nioi, un bord net et lumineux. Crédit: Artanisen · CC BY-SA · via Wikimedia Commons

Suguha : la trempe droite

Le suguha (直刃) est la trempe droite, parallèle au tranchant. On le classe selon sa largeur :

  • ito-suguha (糸直刃), « en fil », très étroit ;
  • hoso-suguha (細直刃), étroit ;
  • chū-suguha (中直刃), moyen ;
  • hiro-suguha (広直刃), large, d'un tiers de la largeur de la lame ou plus.

C'est l'un des tracés les plus anciens. Comme le dessin varie à peine, l'école se lit dans la texture. En nie : Yamashiro (Awataguchi, Rai) et Yamato (Tegai, Hoshō, Senjuin, Taima) ; au shintō, Horikawa Kunihiro, Inoue Shinkai, le deuxième Sukehiro et Tadayoshi de Hizen ; au shinshintō, Masahide et Naotane. En nioi : Osafune (Nagamitsu, Kagemitsu, Sanenaga), Ōei-Bizen, Sue-Bizen, l'Aoe moyen et le Sue-Seki. Au nioiguchi éteint : Bungo Yukihira, Gassan, Hōju, Naminohira et d'autres écoles provinciales.

Le Yamato se reconnaît en outre à l'activité « verticale » sur le suguha — hakikake, nijūba, kuichigaiba —, qui suit le grain droit de son acier. Un suguha effiloché par le nie s'appelle suguha-hotsure (直刃ほつれ).

Quatre bandes de lame à la trempe droite de plus en plus large, d'un fil à un tiers de la lame.
Les quatre largeurs du suguha : ito, hoso, chū et hiro. Le dessin ne change pas ; ce qui change, c'est la quantité d'acier trempé. Schéma: Kantei
Un tantō entier sur fond noir, avec sa soie rouillée et une zone trempée droite et étroite le long du tranchant.
Le tantō « Atsushi Tōshirō », d'Awataguchi Yoshimitsu (Yamashiro, XIIIe siècle), Trésor national : un suguha net de la tradition du Yamashiro. Musée national de Tokyo. Crédit: ColBase (Museos Nacionales de Japón) · Museo Nacional de Tokio · CC BY · via Wikimedia Commons

Ko-midare et la famille du gunome

Le midareba (乱刃) désigne toute trempe qui n'est pas droite. La plus ancienne est le ko-midare (小乱れ), une irrégularité menue et de faible relief que l'on voit dans le Ko-Bizen et les tachi de la fin de Heian : le Dōjigiri Yasutsuna, l'un des cinq sabres sous le ciel (tenka goken, 天下五剣), porte un ko-midare avec ashi et kinsuji.

Le gunome (互の目) est une suite de têtes arrondies de taille voisine. Il naît à Osafune à la fin de Kamakura : Kagemitsu l'emploie déjà en ko-gunome et en kataochi, et l'Osafune de Muromachi en fait un gunome-midare complexe. De là, il passe à Mino et dans tout le pays.

TracéÀ quoi il ressembleOù on le voit
ko-midare (小乱れ)irrégularité menue, de faible reliefKo-Bizen, tachi de la fin de Heian
gunome (互の目)têtes arrondies de taille voisineOsafune dès la fin de Kamakura ; ensuite, tout le pays
ko-gunome (小互の目) / ō-gunome (大互の目)le même tracé, petit ou grandKagemitsu (ko-gunome) ; Sue-Bizen
kataochi-gunome (片落ち互の目)têtes plates, un côté incliné vers le creux, comme des dents de scie ; aussi nokogiri-ba (鋸刃)associé à Kagemitsu, avec des précurseurs chez Nagamitsu ; Kanemitsu en hérite
togari-gunome (尖り互の目)têtes en pointeSue-Seki
sanbonsugi (三本杉)pics aigus par groupes de trois, « trois cèdres », à intervalles réguliersla lignée Kanemoto de Seki
uma-no-ha midare (馬の歯乱れ)gunome grand et régulier, « dents de cheval »Sōshū : Masamune, Gō Yoshihiro, Norishige
koshi-no-hiraita midare (腰の開いた乱れ)éléments qui s'ouvrent à la baseSue-Bizen et le Bizen de Muromachi

Le sanbonsugi offre une lecture utile pour le kantei. Chez les deux premiers Kanemoto — le second est le célèbre Magoroku —, il est irrégulier et bas, au nioiguchi doux ; dans les générations suivantes, il devient régulier, presque dessiné, au nioiguchi serré. Un sanbonsugi très régulier désigne donc un Kanemoto tardif, non Magoroku.

L'école Gassan, de Dewa, trempe surtout en suguha, mais par endroits sa trempe devient ko-gunome ou notare. Les ateliers l'expliquent par les ondes régulières de son acier, l'ayasugi-hada (綾杉肌), que la trempe suit sans intention de dessin.

Sept bandes de lame aux tracés irréguliers : petites ondes, têtes rondes grandes et petites, dents de scie, pics, pics par groupes de trois et grandes têtes régulières.
Le ko-midare et la famille du gunome, avec l'école associée à chaque tracé. Un schéma : sur une vraie lame, le rythme n'est jamais aussi régulier. Schéma: Kantei

Chōji, notare et hitatsura

Chōji

Le chōji (丁子) imite le bouton du clou de girofle : une tête ronde sur un col étroit. C'est l'un des tracés les plus anciens, et son école emblématique est l'Ichimonji de Bizen ; une trempe faite entièrement de chōji s'appelle chōjiba.

VarianteÀ quoi elle ressembleOù on la voit
ko-chōji (小丁子)chōji petit et serréKo-Bizen, tachi de Heian
ō-chōji (大丁子)grand chōji, parfois à tête très large (ōbusa-chōji, 大房丁子)Ichimonji
jūka-chōji (重花丁子)têtes superposées, comme des fleurs en grappele Fukuoka Ichimonji à son apogée ; Mitsutada et Nagamitsu ; imité par les Ishidō au shintō
saka-chōji (逆丁子)chōji incliné vers la pointeKatayama Ichimonji, l'Aoe moyen ; au shintō, les Ishidō ; au shinshintō, Naotane
kawazu-no-ko chōji (蛙子丁子)tête ronde et long col, « têtard »Mitsutada, l'Ichimonji de Kamakura
fukuro-chōji (袋丁子)une « poche » de trempe détachée dans le ji, avec des chōji dedansFukuoka et Katayama Ichimonji, Mitsutada

Les chōji du shintō qui imitent l'Ichimonji se reconnaissent souvent à la pointe (voir la section du bōshi).

Notare

Le notare (湾れ), ce sont des ondes amples et douces : grandes (ō-notare), petites (ko-notare) ou peu marquées (asai-notare). Il apparaît après Kamakura, surtout dans le Sōshū (Sadamune, Nobukuni), et Kanemitsu ainsi que le Bizen d'influence Sōshū l'emploient au Nanbokuchō ; au shintō, Yasutsugu, Kotetsu, Tadayoshi et Inoue Shinkai, entre autres.

Hitatsura

Le hitatsura (皆焼, « trempé partout ») est une trempe de nie abondant qui déborde sur toute la lame : au tracé principal s'ajoutent des îlots détachés dans le ji, le tobiyaki (飛焼), et de la trempe sur le dos, le muneyaki (棟焼). Il naît dans le Sōshū du Nanbokuchō (Hiromitsu, Akihiro) puis se répand dans le pays ; Muramasa en a laissé un célèbre, le « Murachidori » (群千鳥). C'est une trempe très difficile à maîtriser.

Deux nuances qu'on entend dans les ateliers. Le chōji du shinshintō est un tracé dessiné, voulu, à ne pas confondre avec celui de l'ancien Ichimonji. Et le notare est né en même temps que l'ō-kissaki du Nanbokuchō : les deux arrivent ensemble.

Les ateliers signalent que le hitatsura n'est pas resté non plus dans le Sōshū : selon cette observation d'atelier, on le verrait à Seki au XVe siècle et en Owari au XVIe, avec Yoshiharu. Certains soutiennent que le hitatsura ancien ne se concevait pas, mais apparaissait de lui-même quand un acier très sensible recevait une trempe forte.

Portion d'un tachi sur fond noir, à la trempe irrégulière de têtes arrondies le long du tranchant.
Tachi signé Sukezane, de l'école Ichimonji (époque de Kamakura) : un chōji-midare qui parcourt toute la lame. Musée national de Tokyo. Crédit: ColBase (Museos Nacionales de Japón) · Museo Nacional de Tokio · CC BY · via Wikimedia Commons
Cinq bandes de lame aux éléments à col étroit et tête ronde : normaux, petits, doubles, inclinés et à long col.
La famille du chōji : chōji, ko-chōji, jūka-chōji, saka-chōji et kawazu-no-ko chōji. Schéma: Kantei
Trois bandes de lame : ondes amples, ondes peu marquées, et une trempe à grandes têtes avec des îlots clairs dans le ji et des taches sur le dos.
Notare, asai-notare et hitatsura, avec ses tobiyaki dans le ji et son muneyaki sur le dos. Schéma: Kantei

Les tracés peints du shintō

À l'époque d'Edo, certains ateliers font du hamon un tableau. Le ji devient une toile encadrée entre le machi et le yokote, et la trempe dessine des vagues, des perles ou des monts. Ces tracés exigent une grande maîtrise, mais il faut le répéter : le dessin ne mesure pas la qualité. Un tōran-ba spectaculaire au bord trouble reste une lame médiocre.

TracéÀ quoi il ressembleQui
tōran-ba (濤瀾刃)grandes vagues enchaînées, parfois avec des boules de trempe dans le ji (tama, 玉) comme de l'écumecréé par Tsuda Echizen no Kami Sukehiro à Ōsaka ; imité dans tout le pays et repris au shinshintō
juzuba (数珠刃)gunome rond et régulier, « en chapelet »Kotetsu et son entourage
hyōtanba (瓢箪刃)éléments « en gourde », étranglés au milieuKotetsu
sudareba (簾刃)des lignes dans la trempe qui rappellent un store de bambouTanba no Kami Yoshimichi, de l'école Mishina
kikusui-ba (菊水刃)variante du sudareba : un chrysanthème sur l'eaul'entourage de Yoshimichi
Fujimi-Saigyō (富士見西行)un pic isolé comme le Fuji et un autre, double et plus petit : le poète Saigyō contemplant le montMishina, Yoshimichi, Kunisuke de Kawachi

Certains polisseurs et forgerons voient dans ces tracés le début d'un déclin : quand le hamon est pensé comme un tableau, la trempe cesse de servir la lame et sert l'effet. C'est une opinion, pas une règle, mais elle explique pourquoi le kantei regarde la bordure avant le dessin.

Quatre bandes de lame : grandes vagues avec des cercles isolés au-dessus, perles rondes égales, ondes douces avec des traits verticaux à l'intérieur, et un haut pic isolé près d'un autre, double.
Tōran-ba, juzuba, sudareba et Fujimi-Saigyō : les hamon dessinés du shintō. Schéma: Kantei

Hataraki : l'activité de la trempe

Les hataraki (働き, « activité ») sont les effets de la trempe à l'intérieur du hamon et sur son bord, ce que le japonais appelle hachū no hataraki (刃中の働き). Ce ne sont pas des ornements : ils disent comment l'acier s'est comporté et sont souvent ce que l'on apprécie le plus dans une lame. La plupart se trouvent dans le hamon, non dans le ji :

TermeCe que c'estNote
ashi (足)ligne de nioi qui traverse la trempe vers le tranchantko-ashi, naga-ashi, chōji-ashi ; saka-ashi (逆足) s'il s'incline vers la pointe
yō (葉)« feuille » : un ashi détaché qui ne touche pas le bord, dans le hamonce n'est pas un îlot dans le ji : cela, c'est un tobiyaki
kinsuji (金筋)trait court, droit et brillant de nie près du bordSōshū, Yamashiro
ginsuji (銀筋)comme le kinsuji, mais ternela limite entre les deux est subjective
inazuma (稲妻)« éclair » : un kinsuji briséSōshū
imozuru (芋蔓)un inazuma épais et troubleSatsuma, au shintō et au shinshintō
sunagashi (砂流し)« sable balayé » : traits de nie parallèles au bordYamato, Sōshū, Yamashiro
hakikake (掃掛け)comme le sunagashi, mais court et fin, vers le jisur le bord et dans la pointe
hotsure (解れ)bord effiloché par le nieYamato
nijūba (二重刃)un second bord parallèle ; avec trois, sanjūba (三重刃)Yamato
uchinoke (打ちのけ)un nijūba court en croissant, au-dessus du bordYamato ; il donne son nom au Mikazuki Munechika, « croissant de lune »
kuichigaiba (喰違刃)le bord se rompt et repart en parallèle, décaléYamato
nie-kuzure (沸崩れ)trempe « effondrée » en nie, sans contour netle Sōshū et son orbite

Hors du hamon, dans le ji, se trouvent le tobiyaki (飛焼, îlots de trempe détachés), le muneyaki (棟焼, trempe sur le dos), le yubashiri (湯走り, taches de nie comme des gouttes, plus transparentes et au contour plus flou que le tobiyaki) et le chikei (地景, lignes sombres et brillantes de nie qui suivent le grain de l'acier).

Certains noms portent un jugement : les ateliers rappellent que celui d'imozuru, « tige de patate douce », avait quelque chose de moqueur.

Portion agrandie d'une trempe à têtes arrondies avec dix repères numérotés : huit dans la zone trempée et deux dans l'acier au-dessus.
Les hataraki : huit dans le hamon (ashi, yō, kinsuji, inazuma, sunagashi, nijūba, uchinoke et kuichigaiba) et deux dans le ji (tobiyaki et yubashiri). Schéma: Kantei

Où commence la trempe : yakidashi, yaki-otoshi, koshiba et mizukage

Le départ de la trempe près du ha-machi, le ressaut qui sépare la lame de la soie, s'appelle yakidashi (焼出し). Sur une lame non raccourcie, la trempe entre en général un peu dans la soie. Certaines façons de commencer sont presque une signature :

  • sugu-yakidashi (直焼出し) : commence droit et passe vite au tracé principal ;
  • Kyō-yakidashi (京焼出し) : commence en suguha et change d'un coup ;
  • Ōsaka-yakidashi (大坂焼出し) : droit ou en notare doux, il s'élargit peu à peu jusqu'au tracé principal ;
  • Mino-yakidashi (美濃焼出し) : commence par un koshiba ;
  • Satsuma-yakidashi (薩摩焼出し) : irrégulier dès le départ.

Le koshiba (腰刃), c'est un ou quelques éléments de trempe très hauts à la base, au début du hamon. Dans l'usage courant, il équivaut au départ de Mino, mais il apparaît aussi sur des lames de Kamakura : le Fukuoka Ichimonji le porte souvent, et l'Onimaru Kunitsuna sur ses deux faces.

Les ateliers racontent aussi une autre histoire du koshiba. Sur les meilleures lames des XIIe et XIIIe siècles (Ko-Bizen, Ichimonji, Awataguchi Kunitsuna), ce serait un effet de l'acier lui-même : la trempe démarre large, en suivant l'utsuri, avec des particules fines, puis redescend avec un nie plus dense. Les forgerons de Seki du XVe siècle, comme Muramasa et Kanesada, l'ont imité avec l'argile, et depuis, koshiba désigne aussi un dessin.

Le yaki-otoshi (焼き落とし) est l'inverse : la trempe ne commence pas au machi mais un peu plus haut, parce que la base n'a pas été trempée. Il est fréquent sur les lames très anciennes et survit comme trait d'école au Kyūshū (Bungo Yukihira). On le voit aussi sur des lames retrempées ; à lui seul, il ne prouve donc rien. Son lien avec la forme de la base est traité dans « La forme (sugata) ».

L'explication d'atelier est simple : la base n'a pas atteint la température de trempe parce que la soie n'était pas chauffée. Ce n'est pas un défaut : ce tronçon non trempé ne coupe pas, mais ce n'est pas non plus celui qui sert. Outre Bungo Yukihira, on le signale dans l'école Naminohira de Satsuma.

Le mizukage (水影, « ombre dans l'eau ») est une ombre claire, du type de l'utsuri, qui monte en diagonale depuis le départ de la trempe près du machi. La lecture traditionnelle y voit un signe de retrempe, mais on le documente aussi sur des œuvres d'origine ; il ne la prouve donc pas à lui seul, et le diagnostic se trouve dans « L'état de la lame : défauts et tromperies ». L'explication populaire — la trace du niveau de l'eau dans le bac — ne tient pas.

On l'a vu sur des œuvres originales de Horikawa Kunihiro, du premier Tadayoshi et du premier Kunikage, et les ateliers le tiennent pour naturel sur les lames antérieures au XVIIe siècle, quand la soie n'était pas trempée. Certains forgerons nuancent : sur une lame de longueur d'origine, il est normal ; sur une lame raccourcie, il suggère qu'elle a été surchauffée. L'Onimaru Kunitsuna montre pourquoi koshiba et mizukage se lisent ensemble : un oshigata (押形, relevé de la lame) de 1588 n'a pas dessiné le mizukage près du koshiba, et l'on a soupçonné une retrempe ; les oshigata postérieurs le dessinent, et on le tient aujourd'hui pour un trait du style de Kunitsuna.

Sept bandes de la base d'une lame, la soie à gauche : cinq départs différents de la trempe, un qui commence au-dessus du ressaut et un avec une bande claire en diagonale.
Le départ de la trempe : sugu, Kyō, Ōsaka, Mino (avec koshiba) et Satsuma ; le yaki-otoshi, qui commence au-dessus du machi, et le mizukage, l'ombre en diagonale. Schéma: Kantei

Utsuri : l'ombre de la trempe

L'utsuri (映り) est un reflet blanchâtre et brumeux dans le ji, entre le hamon et le shinogi, séparé de la trempe par une bande plus sombre, l'antai (暗帯). Ce n'est pas un effet de surface : il résiste à de nombreux polissages. Pour le voir, il faut un bon poli et une bonne lumière ; on regarde depuis le départ de la trempe vers le haut, en changeant lentement l'angle. On dit que l'utsuri « se dresse » (utsuri ga tatsu, 映りが立つ), et on le dit net ou ténu.

Ce qu'il est, métallurgiquement, n'est pas tranché. C'est un effet de la trempe dans la zone qui ne durcit pas tout à fait, et sa structure exacte reste à l'étude. Il existe plusieurs hypothèses : une zone chauffée juste autour de la température à laquelle l'acier change de structure, sans la martensite du tranchant ; trois bandes de dureté différente (tranchant très dur, antai dur, utsuri plus tendre) ; de la perlite grossière ou globulaire selon certains forgerons ; ou de petites différences dans l'épaisseur de l'argile et dans la composition de l'acier. Ce qui est sûr, c'est qu'il dépend de l'acier et de la façon de tremper, non du polissage, et que sa forme ne suit pas forcément celle du hamon : il existe des midare-utsuri sur un suguha.

TypeCe que c'estÉcole et époque
midare-utsuri (乱れ映り)utsuri ondulé et irrégulierBizen de Kamakura (Ichimonji, Osafune) ; rare après le milieu de Muromachi
chōji-utsuri (丁子映り)un midare-utsuri qui calque le chōjiIchimonji
bō-utsuri (棒映り)bande droite parallèle au tranchant ; aussi sugu-utsuri (直映り)Osafune de la fin de Kamakura (Kagemitsu, Kanemitsu), Ōei-Bizen
jifu-utsuri (地斑映り)utsuri en tachesKo-Bizen, Aoe ; Heian et début de Kamakura
dan-utsuri (段映り)plusieurs utsuri superposésAoe
nie-utsuri (沸映り)utsuri fait de nie du ji, en nuages, seulement sur des lames nie-dekiRai ; au shintō, Horikawa Kunihiro ; le Dōjigiri en porte un
shirake-utsuri (白け映り)blanchâtre et diffus, de forme mal définieMino (Sue-Seki), Kaga et écoles provinciales de Muromachi
botan-utsuri (牡丹映り)taches rondes isolées, « comme des pivoines »Kanemitsu et son atelier
tsukare-utsuri (疲れ映り)ce n'est pas un utsuri : de l'acier fatigué ou une âme affleurante qui ressemble à un refletusure ; voir « L'état de la lame : défauts et tromperies »

L'utsuri est propre au kotō, et surtout au Bizen de Kamakura ; un dicton du métier, que rapporte Markus Sesko, donne de fortes chances d'être un kotō de Bizen à une lame à l'utsuri net. C'est un indice, non une loi. Après 1600, il devient rare ; on l'explique en général par le changement d'acier et par une trempe pensée pour un hamon voyant plutôt que pour la lame ; les Ishidō du shintō et quelques forgerons du shinshintō ne l'ont imité qu'à moitié. En 2014, le prix Masamune de la section tachi et katana, vacant depuis dix-huit ans, est allé à une lame de Kawachi Kunihira qui reproduisait le midare-utsuri du kotō ; il l'attribuait à une trempe pensée pour la résistance plus que pour la beauté du hamon. Reproduire l'aspect ne prouve pas, à lui seul, que la technique ancienne ait été retrouvée.

Les ateliers expliquent l'utsuri comme le fruit d'un acier sensible bien trempé, et insistent sur le fait que sa forme va son propre chemin : un chōji peut porter un bō-utsuri, et un suguha un utsuri ondulé. On appelle aussi le chōji-utsuri kage-chōji (影丁子), « chōji d'ombre ». Toutes les explications n'ont pas résisté : un texte de 1843, le Kentō kikigaki, attribuait l'utsuri à une double immersion jugée aujourd'hui irréalisable.

Bande de lame en bandes horizontales, du dos au tranchant : shinogi-ji, ji, une bande claire d'utsuri, une bande sombre d'antai, la ligne de trempe et la zone trempée.
Les zones de la trempe : l'utsuri est la brume claire du ji, séparée du hamon par l'antai. Sa structure exacte reste à l'étude. Schéma: Kantei
Quatre bandes de lame à la même trempe, avec des bandes claires différentes dans le ji : une ondulée, une droite, des taches isolées et deux bandes.
Quatre utsuri sur le même chōji : midare-utsuri, bō-utsuri, jifu-utsuri et dan-utsuri. La forme de l'utsuri ne recopie pas forcément celle du hamon. Schéma: Kantei

Le bōshi : la trempe dans la pointe

Le bōshi (帽子 ; aussi 鋩子) est la trempe à l'intérieur du kissaki. Sa partie finale revient vers le dos, le kaeri (返り), et s'achève au tome (止め). Bien tremper la pointe demande beaucoup de métier ; le bōshi est donc un bon indicateur de la qualité de toute la lame, et si le polissage l'a mangé, le dommage est grave. Un retour très tardif (agari-kaeri) ou incliné peut trahir une pointe refaite.

FormeCe que c'estÉcole
ko-maru (小丸)retour petit et rondla plus courante ; très propre à Ōsaka et à Inoue Shinkai
ō-maru (大丸)retour ampleMino
yakizume (焼詰め)sans retour : la trempe meurt sur le dosHoshō du Yamato
ichimai (一枚)la pointe entièrement trempéefréquent au Sengoku (Sukesada, Kiyomitsu) ; proche du hitatsura
midare-komi (乱れ込み)la trempe irrégulière entre dans la pointeBizen, Sōshū
jizō (地蔵)midare-komi au retour étranglé, comme le profil d'un JizōMino (Sue-Seki), Kanemoto
kaen (火焔)nie abondant avec des hakikake « en flammes »Sōshū
sansaku-bōshi (三作帽子)droit après le yokote, ondulé dans la courbe, ko-maru courtles « trois maîtres » d'Osafune : Nagamitsu, Kagemitsu, Sanenaga
rōsoku (蝋燭)retour aigu, « comme la mèche d'une bougie »Kanemitsu, Ōei-Bizen
tora no o (虎の尾)long retour parallèle au dos, qui s'arrête netKo-Mihara
taki no otoshi (滝の落し)long retour oblique, « en cascade »Mihara
taore (倒れ)retour inclinéSue-Seki ; aussi sur des pointes refaites

Dans le kantei, le bōshi est le dernier réglage : il confirme ce qu'ont dit la forme (l'époque), l'acier (la région) et le hamon (l'école), ou il est si particulier qu'il oblige à tout revoir. Au kotō, le hamon entre naturellement dans la pointe ; au shintō, le bōshi change de caractère au yokote. D'où une règle pratique : un chōji exubérant « d'Ichimonji », utsuri compris, mais avec un bōshi droit ou en notare, désigne un Ishidō du shintō plutôt qu'un Ichimonji. L'ordre complet du regard se trouve dans « Kantei : comment on regarde une lame ».

Deux mises en garde d'atelier sur la pointe. Le polissage du kissaki, le narume, cherche le contraste et cache souvent le vrai bōshi. Et le kamasu-kissaki (魳切先), à la ligne presque droite, s'arrondit avec les polissages : s'il paraît rond aujourd'hui, ce peut être l'œuvre des polisseurs et non du forgeron.

Douze pointes de lame identiques avec la ligne de trempe dessinée de douze façons différentes.
Douze formes de bōshi : ko-maru, ō-maru, yakizume, ichimai, midare-komi, jizō, kaen, sansaku, rōsoku, tora no o, taki no otoshi et taore. Schéma: Kantei
Deux lames à la même trempe de têtes arrondies ; sur celle du haut, la ligne entre ondulée dans la pointe, sur celle du bas elle devient droite.
Le bōshi trahit : le même chōji dans le corps, mais dans la pointe l'Ichimonji continue d'onduler et l'Ishidō devient droit. Schéma: Kantei
Gros plan de la pointe d'une lame, le grain de l'acier visible et la zone trempée qui suit la courbe du tranchant jusqu'à la pointe.
Le bōshi d'une vraie lame : la zone trempée suit la courbe de la pointe et revient vers le dos. Crédit: Géry Parent · CC BY-SA · via Wikimedia Commons

Une lame, deux faces

Le hamon n'est pas forcément le même sur l'omote et sur l'ura ; c'est pourquoi il faut toujours regarder les deux faces. Selon les ateliers, les causes sont au nombre de quatre :

  1. Une trempe inégale : une argile d'épaisseur différente ou une chaleur inégale sur chaque face.
  2. Un polissage inégal : une face a été davantage entamée à cause de la rouille ou de blessures, et une partie du dessin est partie avec l'acier.
  3. Une construction asymétrique : si la peau de la lame est plus épaisse sur une face, cette face donne une trempe plus nette.
  4. L'intention : des lames au hamon volontairement différent sur chaque face.

L'effet du polissage a été vérifié dans un atelier : en amincissant de 1,5 mm une face d'un tantō au chōji très actif, on a vu le hamon de cette face se calmer. C'est ce qui arrive, plus lentement, aux lames très polies.

Le cas célèbre est le Konotegashiwa Kanenaga (児手柏包永), un tachi de Tegai Kanenaga (Yamato, fin de Kamakura). Une face porte un midare au grand dessin ; l'autre, un suguha-hotsure ; les deux, un nie et un nioi profonds. Hosokawa Yūsai le baptisa d'après un poème du Man'yōshū sur la plante konotegashiwa, aux feuilles « à deux faces », et le raccourcit en Tenshō 2 (1574). Il passa aux Tokugawa et devint le grand sabre de la maison de Mito ; brûlé lors du séisme de 1923, il est conservé au musée Tokugawa. On discute encore de savoir si le nom renvoie à une différence voulue ou à un malentendu botanique.

De l'original brûlé, il reste la lame sans sa trempe ; en 2017, le forgeron Gassan Sadatoshi en a forgé une copie.

Une différence entre les faces n'est, à elle seule, ni un défaut ni un signe de contrefaçon.

Deux bandes de la même lame : en haut, une trempe de grandes ondes irrégulières ; en bas, une trempe droite avec de fins traits sur le bord.
Une lame, deux faces, à la manière du Konotegashiwa Kanenaga : midare sur l'omote et suguha-hotsure sur l'ura. Un schéma, pas un oshigata. Schéma: Kantei

Norishige : un style à part

Norishige (則重) travailla à Gofuku, dans la province d'Etchū, à la fin de Kamakura ; on connaît des œuvres datées de 1310 à 1314. La tradition d'Edo le compte parmi les dix disciples de Masamune, mais les sources anciennes et les dates suggèrent qu'il fut plutôt son condisciple auprès de Shintōgo Kunimitsu.

Son style est l'un des plus reconnaissables du Sōshū :

  • l'acier : un ō-itame très marqué, aux chikei épais et abondants qui dessinent des tourbillons, comme des couches d'écorce superposées. C'est le matsukawa-hada (松皮肌, « écorce de pin »), qu'on lit aussi shōhi-hada ;
  • le ji : du nie grossier et des yubashiri arrondis ;
  • le hamon : une base de suguha avec du ko-notare, de l'ara-nie sur le bord et un ko-nie dense à l'intérieur ; des kinsuji, des sunagashi et des inazuma qui naissent dans l'acier et se prolongent dans la trempe, si bien que la frontière entre ji et hamon se distingue à peine ;
  • le bōshi : midare-komi avec yakizume, ou avec un retour profond.

Chez Norishige, l'acier et la trempe se lisent ensemble : le même nie qui forme les chikei du ji se prolonge dans le hamon en kinsuji et en inazuma. Son tantō « Nihon'ichi » (日本一) est Trésor national et se conserve à l'Eisei Bunko.

Une expérience d'atelier aide à comprendre cet aspect. D'un même bloc d'acier mélangé, assemblé en kōbuse (une chemise dure autour d'une âme douce ; voir « Forge et construction »), on a forgé un tachi et un wakizashi. Le tachi est sorti avec un grand dessin de couches et le nie du ji visible jusque dans le hamon : l'« aspect Norishige ». Le wakizashi, avec le même acier, a donné un ji-nie serré, sans dessin de couches. La conclusion de l'atelier est que la différence tient au grain, à la taille des particules que laisse la trempe, et pas seulement à la façon dont l'acier a été replié. Ce n'est pas une étude scientifique, mais la leçon vaut pour tout le Sōshū : ce que nous appelons hada est aussi l'œuvre de la trempe.

Ce que le polissage change, et ce qu'il ne change pas

Les polisseurs l'expliquent ainsi : le hamon réel, la structure trempée, ne change pas au repolissage : un polissage enlève très peu d'acier. Ce qui change, c'est son aspect : la couleur de la zone trempée, l'éclat des particules et la largeur apparente du bord dépendent du polisseur et de sa finition. Le hadori (刃取り) est justement cela, une interprétation : le blanc que le polisseur donne à la zone trempée, au contour plus doux que le bord réel.

Les ateliers ajoutent une nuance : au repolissage change le grain qu'on voit, car chaque polisseur le fait ressortir à sa manière, mais pas le dessin des couches de l'acier. Et la science commence à regarder à l'intérieur : l'imagerie neutronique d'un wakizashi signé Norimitsu d'Osafune, retrempé, a montré une trempe de plus de 5 mm de profondeur, en ondes, avec des cristaux de 0,5 µm au plus sur le tranchant contre 1 à 2 µm dans le reste de la lame (Oikawa et al., Scientific Reports, 2024).

Avec les années et les polissages, l'acier, lui, s'use. La trempe peut perdre de la hauteur, la lame « se calme » et l'activité s'éteint ; si le bōshi est perdu, le dommage est grave. Le polissage en détail, le faux hamon, les brûlures (yakemi) et la retrempe (saiha) sont traités dans « L'état de la lame : défauts et tromperies » et dans « Le polissage et l'entretien ».

Deux bandes de la même lame : en haut, le bord réel de la trempe avec des têtes et des traits vers le tranchant ; en bas, une zone blanche au contour doux avec le bord réel en pointillé.
Le nioiguchi réel et le hadori : le blanc du polisseur suit la trempe mais la simplifie. Le bord se regarde en lumière ponctuelle. Schéma: Kantei