Kantei : comment on regarde une lame

Le kantei consiste à regarder une lame jusqu'à pouvoir dire qui l'a faite, où et quand, avant de lire la signature. Voici la méthode : dans quel ordre on regarde, à quelle question répond chaque étape, ce que la soie consigne en plus du nom, ce qu'est un oshigata et comment fonctionne le jeu avec lequel les amateurs japonais s'entraînent l'œil depuis des siècles. Le résultat de tout ce travail, le certificat, a son propre thème : Papiers du NBTHK.

Ce qu'est le kantei (et ce qu'il n'est pas)

Le kantei (鑑定) désigne aujourd'hui l'attribution d'une lame à un forgeron, une école, une province et une époque d'après ce que l'on voit en elle : la forme, l'acier, la trempe et la soie. Le même mot nomme le certificat qui consigne cette attribution, le kanteisho (鑑定書), et le jeu qui consiste à deviner l'auteur signature cachée, décrit plus bas.

Le mot ancien est mekiki (目利), « avoir l'œil ». Selon le chercheur Markus Sesko, le mekiki jugeait surtout la qualité d'une lame d'après son aspect, et à l'époque de Muromachi il céda la place à un kantei dont le but principal était déjà l'attribution. Qu'il existait dès le XIVe siècle des experts distinguant « le bon et le mauvais » dans les sabres, une chronique de l'époque le rapporte : le Masukagami (増鏡).

Dans les ateliers, on parle aussi d'un jugement de guerriers, le buke-mekiki (武家目利), l'« œil du samouraï », qui aurait toujours accompagné celui des experts de métier. Selon cette tradition, il s'attachait à ce qui comptait pour celui qui portait la lame, sa qualité et sa capacité de coupe, plus qu'au dessin de la trempe, et à l'époque Momoyama, alors que les Hon'ami jouissaient déjà de la faveur de Toyotomi Hideyoshi, il restait des guerriers réputés connaisseurs, comme le daimyō et poète Hosokawa Yūsai, ou la maison Hasegawa, de Mino, à qui l'on attribue des généalogies de forgerons et des albums de relevés. Aujourd'hui le mot kantei englobe le jugement, le papier et le jeu, mais la question du guerrier reste au fond de tout : non seulement de qui est la lame, mais si elle est bonne.

Deux choses que le kantei n'est pas. Ce n'est pas lire la signature : l'idéal est que la signature vienne en dernier et ne fasse que confirmer ce que la lame a déjà dit, car une signature se falsifie plus facilement que la manière de travailler d'un forgeron. Et ce n'est pas le papier : un papier consigne le jugement d'experts à un moment donné ; il change ce que l'on pense de la lame, mais la lame reste celle qu'elle était avant l'examen (voir Papiers du NBTHK).

L'ordre du regard : la forme d'abord, le nakago à la fin

L'usage, chez les auteurs comme dans les écoles, est de commencer et de finir au même endroit : d'abord la forme (sugata, 姿), à la fin la soie (nakago, 茎). Entre les deux, on regarde l'acier (jigane, 地鉄), la trempe (hamon, 刃文) et la pointe trempée (bōshi, 帽子), et l'ordre de ces étapes change d'un auteur à l'autre : certains placent l'acier avant la trempe, d'autres, comme la branche européenne du NBTHK, la trempe avant l'acier. Ce qui se répète, c'est l'ordre des deux extrémités.

Chaque étape répond à une question différente :

ÉtapeCe que l'on regardeCe que cela dit
1. Formelongueur, courbure et place de son point le plus profond, largeur, épaisseur, taille de la pointel'époque
2. Acierdensité et dessin du hada, couleur et clarté du métalla région ou l'école
3. Trempedessin du hamon, nie et nioi, activité dans la trempel'école ou le forgeron
4. Pointela façon dont la trempe tourne dans le bōshiprécise l'école et le forgeron
5. Soiepatine, limage, trous, signatureconfirme et parfois date

La forme se regarde de loin : la lame à la verticale, bras tendu, pour saisir d'un coup les proportions, la courbe et l'équilibre. Elle trompe peu ; même les copies fidèles de lames anciennes se trahissent souvent par un détail de la forme (voir La forme (sugata)). Le poids en main donne une indication, mais la règle « légère, ancienne ; lourde, récente » a tant d'exceptions qu'elle ne sert à rien seule.

L'acier demande de la prudence, car son aspect dépend beaucoup du polissage : de son ancienneté, de la main du polisseur et de la finition. Mieux vaut regarder ce que le polissage ne change pas, la densité et le motif du hada : un hada régulier sur toute la lame est la marque d'un bon forgeron. La trempe, enfin, s'examine en déplaçant la lame par rapport à la lumière, car son activité n'apparaît que sous certains angles (voir La trempe à l'œil nu).

Cinq cadres numérotés en ligne, reliés par des flèches : la silhouette d'une lame, un morceau d'acier avec son grain, une bande de trempe, la pointe avec la trempe qui tourne et la soie avec son trou et la signature. Une flèche en pointillé à double sens relie les cadres 2 et 4.
L'ordre du regard : 1 la forme (l'époque), 2 l'acier (la région ou l'école), 3 la trempe (l'école ou le forgeron), 4 la pointe (précise l'école et le forgeron) et 5 la soie (confirme et date). La flèche en pointillé indique que l'ordre des étapes 2 à 4 varie selon l'auteur ; la première et la dernière, non. Schéma: Kantei

Comment on tient et on regarde une lame

L'usage japonais demande un geste avant de dégainer : une légère inclinaison devant le sabre. La lame se sort ensuite lentement, tranchant vers le haut, en laissant le dos glisser contre l'intérieur du fourreau pour que le tranchant ne frotte pas le bois. Pour l'étudier à fond, on retire la cheville de bambou (mekugi, 目釘), on ôte la poignée et la bague (habaki, 鎺), et l'on tient la lame par la soie, avec un tissu ou un papier fin entre la main et l'acier.

La lumière est l'outil. La forme et la couleur de l'acier se voient bien en lumière diffuse, mais l'activité de la trempe (le nie, le nioi et leurs dessins) n'apparaît que lorsqu'on incline la lame vers une lumière concentrée et qu'on la déplace lentement, de la base à la pointe et sur les deux faces. Chaque portion de la lame demande son angle, et le débutant qui embrasse toute la lame d'un coup d'œil manque presque tout.

Deux règles de bon sens : on ne touche pas l'acier avec les doigts, car le gras de la peau le tache et le fait rouiller, et on ne passe rien sur sa surface sans savoir ce que l'on fait (voir Le polissage et l'entretien). Le polisseur et expert Nagayama Kōkan en ajoutait une troisième, que rappelle la branche européenne du NBTHK : avant d'examiner une lame, remercier tous les propriétaires qui l'ont conservée jusqu'à nous.

Omote et ura : les deux faces

Chaque lame a un avers, l'omote (表), et un revers, l'ura (裏). L'omote est la face tournée vers l'extérieur quand on porte le sabre, et comme les deux grandes manières de le porter sont opposées, la face « extérieure » l'est aussi.

Le tachi pendait à la ceinture, tranchant vers le bas : sa face extérieure est le haki-omote (佩表) et la face intérieure le haki-ura (佩裏). Le katana se glisse dans l'obi, tranchant vers le haut : sa face extérieure est le sashi-omote (差表) et la face intérieure le sashi-ura (差裏). Le forgeron signe sur la face extérieure ; si l'on pose les deux lames pointe du même côté, la signature tombe donc sur des faces opposées de la soie : c'est la différence entre tachi-mei (太刀銘) et katana-mei (刀銘). Voilà pourquoi les musées japonais exposent le tachi tranchant vers le bas et le katana tranchant vers le haut : le visiteur voit toujours la face signée.

La règle a des exceptions, car certains forgerons signaient des tachi sur l'autre face. Le côté de la signature oriente, mais il ne décide pas à lui seul si une lame a été faite comme tachi ou comme katana : la forme a le dernier mot. La date, quand il y en a une, se trouve en général sur l'ura.

Les exceptions les plus citées sont Yukihira, de Bungo, qui signait d'habitude ses tachi sur le haki-ura, et de nombreux tachi de l'école Aoe, de Bitchū, signés sur la face intérieure. Une lame raccourcie, de plus, garde son type tant qu'elle garde sa signature : un tachi raccourci par la soie (suriage, 磨上) qui l'a encore reste un tachi ; si la coupe l'a emportée, on le traite comme un katana ; et un naginata très raccourci et transformé en sabre devient un katana ou un wakizashi.

Les deux faces n'ont pas toujours non plus la même trempe, et ce n'est pas forcément un défaut. Selon la pratique des ateliers, il y a quatre causes : une trempe inégale, fréquente sur les lames anciennes et rare en shintō ; une face plus amincie que l'autre par les polissages ; une construction des aciers qui n'est pas symétrique ; et, rarement, la volonté du forgeron. Le cas célèbre de la dernière est le Konotegashiwa (児手柏), un kodachi de Kanenaga, de l'école Tegai du Yamato, de la fin de Kamakura, à la trempe ondulée sur l'omote et droite sur l'ura. Hosokawa Yūsai lui donna ce nom d'après une plante qu'un poème du Man'yōshū (万葉集) prend pour image des gens à deux visages. C'est pourquoi la trempe se juge toujours en regardant les deux faces.

Deux lames dessinées soie à gauche : en haut, un tachi tranchant vers le bas sous la ligne de la ceinture ; en bas, un katana tranchant vers le haut au-dessus de la ligne de l'obi. Sur les deux, une flèche désigne la signature sur la face visible.
Les deux manières de porter le sabre : 1 le tachi, suspendu tranchant vers le bas, montre à l'extérieur le haki-omote ; 2 le katana, glissé dans l'obi tranchant vers le haut, montre le sashi-omote. La signature se place sur la face extérieure : tachi-mei et katana-mei tombent donc sur des faces opposées de la soie. Schéma: Kantei
Les deux faces de la soie d'un katana, photographiées côte à côte, avec de longues inscriptions gravées au burin et deux trous.
Les deux faces d'une même soie, avec la patine sombre de la rouille et deux trous de cheville. On voit comment le forgeron répartit l'inscription entre omote et ura. Crédit: Justin Smith (J.Smith) · CC BY-SA · via Wikimedia Commons

Le nakago comme document

La soie n'est jamais polie (voir Anatomie du katana), et c'est pourquoi elle garde ce que le reste de la lame a perdu au fil des polissages : la surface laissée par le forgeron, son limage et des siècles de rouille. Un nakago s'examine avec la main et avec les yeux : le toucher, la patine, l'état des trous, le limage, la forme de l'extrémité, la finition du dos et, s'il y a une signature, outre ce qu'elle dit, le sens dans lequel le burin est entré à chaque trait.

La patine

La sabi (錆), la patine de rouille de la soie, aide à dater et à authentifier. Il n'existe pas de couleur « correcte » valable pour toutes les lames ; ce que l'on sait reconnaître, c'est la patine fabriquée. Sont suspects une rouille qui n'est pas stabilisée et paraît jeune pour l'âge attribué à la lame ; une texture rêche ou finement granuleuse, comme celle que laissent les produits chimiques ; une couleur par taches inégales ; une limite en ligne droite entre la zone rouillée et la zone propre, sans transition naturelle ; et parfois une odeur différente de celle de la rouille ordinaire. Une patine douteuse rend suspecte une bonne signature. Et la patine authentique ne se nettoie jamais : avec elle part une information qui ne revient pas.

Sur la couleur, les connaisseurs ne s'accordent pas : certains ateliers tiennent une patine noire et dense pour le signe d'un bon acier, d'autres pour qui la bonne est brun-rouge, couleur chocolat, jamais noire. Mieux vaut donc chercher les signes d'une patine fabriquée qu'une couleur.

Le limage

Le yasurime (鑢目) strie la soie pour qu'elle ne glisse pas dans la poignée. Chaque forgeron le faisait à sa manière, avec des limes qu'il fabriquait lui-même, et c'est pourquoi il aide à distinguer écoles et forgerons. Le limage incliné à l'inverse de l'usage, le katte-agari (勝手上り), est propre aux forgerons gauchers et pèse lourd dans une attribution. Le limage décoratif, le keshō-yasuri (化粧鑢), qui se combine avec les autres, apparaît dans la seconde moitié de la période shintō et aide à dater (les types de limage figurent dans Anatomie du katana).

Les trous

Le trou de la cheville (mekugi-ana, 目釘穴) raconte la vie de la lame. Un seul indique en général une soie d'origine ; plusieurs, des remontages ou un raccourcissement, même si certaines lames du Bakumatsu, certaines lances et les lames faites pour l'iai peuvent en avoir deux dès le départ. Outre leur nombre, leur forme compte : un trou étiré en ovale (urizane), deux fondus en forme de gourde (hyōtan, 瓢箪), un qui en chevauche un autre en forme de cœur (inome, 猪の目) ou un bouché avec un métal tendre (semegane) sont presque toujours les traces de montures successives, pas un dessin ; le trou carré (masugata, 枡形) est une forme archaïque. Sesko a étudié une classification de ces formes rédigée en 1806, mais l'idée suffit : la forme du trou est de l'histoire.

Ce que l'on grave en plus du nom

  • La date (nenki, 年紀), avec le nom de l'ère (nengō, 年号), en général sur l'ura.
  • Le propriétaire : une inscription de possession (shoji-mei, 所持銘) du type « propriété de tel seigneur ».
  • La commande (chūmon-mei, 注文銘) : pour qui la lame a été faite.
  • L'âge du forgeron (gyōnen-mei, 行年銘), souvent à un anniversaire marquant et compté à la manière traditionnelle (kazoedoshi, 数え年) : on naît avec un an et l'on en ajoute un à chaque Nouvel An.
  • Le résultat d'un essai de coupe (tameshi-mei, 試銘), parfois incrusté d'or. Ce qu'était cet essai et qui le pratiquait est raconté dans Rangs, essais de coupe et titres.

Des attributions écrites par d'autres

Tout ce qui est écrit sur une soie n'a pas été écrit par le forgeron. Sur les lames non signées ou raccourcies, les experts laissaient leur avis sur la soie même : incrusté d'or (kinzōgan-mei, 金象嵌銘), presque toujours l'œuvre des Hon'ami ; en laque rouge (shu-mei, 朱銘) ; ou en laque à la poudre d'or (kinpun-mei, 金粉銘). Ce sont des attributions, pas des signatures, et elles se jugent comme telles : une incrustation d'or peut même être retirée si l'attribution cesse de convaincre. Pour la même raison, avant de « nettoyer » une signature qui paraît douteuse, il faut plusieurs avis : une signature étrange peut être une coutume locale que personne n'a reconnue à temps, et la gratter détruit le document.

Deux soies schématiques, la face omote et la face ura, avec le limage en diagonale, deux trous, des traits d'inscription et, sur l'omote, une colonne de marques dorées. Neuf numéros désignent leurs parties.
Ce qu'on lit sur un nakago : 1 la signature, sur l'omote ; 2 une attribution d'une autre main, en or ou en laque ; 3 la date, sur l'ura ; 4 le limage (yasurime) ; 5 le trou d'origine ; 6 un trou plus tardif, d'une autre monture ; 7 l'extrémité (nakago-jiri) ; 8 le départ de la lame (machi) ; 9 la patine. Schéma: Kantei
Six morceaux de soie en ligne, chacun avec un trou de forme différente : rond, ovale, deux cercles fondus, en forme de cœur, carré et un cercle rempli de métal.
Formes de mekugi-ana : rond (maru) ; étiré en ovale (urizane) ; deux trous fondus en forme de gourde (hyōtan) ; chevauchant un autre, en forme de cœur (inome) ; carré, archaïque (masugata) ; et bouché avec un métal tendre (semegane). Presque toutes sont des traces de remontages. Schéma: Kantei
Soie d'un katana de l'époque d'Edo sur fond brun, avec une longue signature gravée, une patine sombre et trois trous.
La soie d'un katana d'Iyo no Jō Munetsugu (XVIIe siècle). Trois trous de cheville, deux rapprochés et un près de l'extrémité, indiquent en général que la lame est passée par plus d'une monture. The Metropolitan Museum of Art. Crédit: Marie-Lan Nguyen · CC BY · via Wikimedia Commons

Pourquoi il y a de bonnes lames non signées

Une lame non signée (mumei, 無銘) n'est pas pour autant une lame mineure. Il en existe deux sortes très différentes. L'ubu-mumei (生ぶ無銘) n'a jamais eu de signature : le forgeron n'en a pas mis. L'autre l'a perdue : quand on raccourcit fortement une lame par la soie (ō-suriage, 大磨上), la partie signée disparaît. Dans ce second cas, la signature a parfois été sauvée en la découpant pour l'enchâsser dans la nouvelle soie (voir Anatomie du katana), ou un expert a laissé son attribution en or ou en laque.

Le cas le plus célèbre est Masamune. Seules quelques lames signées de sa main sont acceptées, parmi lesquelles le Fudō Masamune, le Kyōgoku Masamune et le Daikoku Masamune, et presque toute l'œuvre qu'on lui attribue est mumei. Pourquoi il signait si peu, on l'ignore. La rareté des signatures a même nourri, à l'ère Meiji, la thèse selon laquelle Masamune n'aurait pas existé, que les lames signées démentent (voir Sabres célèbres et légendes).

Pour les lames jamais signées, on avance plusieurs explications, toutes des hypothèses : qu'un forgeron ne signait pas, par respect, une offrande à un temple ou à un sanctuaire, ou une lame faite pour un grand seigneur ; ou que dans certains ateliers la coutume était de peu signer. Aucune ne vaut pour tous les cas. Ce qui est sûr, c'est que sans signature l'attribution dépend entièrement de la lame, et c'est là que le kantei fait son travail : les papiers du NBTHK attribuent des lames mumei à un forgeron ou à une école, et le disent ainsi, comme attribution.

Quelques cas illustrent ces explications. Les sabres que le sanctuaire d'Ise renouvelle tous les vingt ans avec le reste de ses trésors, lors de la cérémonie du transfert (shikinen sengū, 式年遷宮), furent faits sans signature pendant des siècles ; on raconte chez les forgerons qu'un forgeron moderne, reconnu Trésor national vivant, fut le premier à signer le sien, comme on répond de son œuvre. Le sanctuaire Kasuga Taisha, à Nara, conserve des tachi offerts par la noblesse depuis l'époque Heian ; on parle de l'un d'eux, non signé, dans le style de l'ancien Bizen, resté là des siècles avant d'être repoli, et c'est là aussi qu'on a identifié en 2017 un long tachi de la fin de Heian, attribué aux premiers forgerons de Hōki. Beaucoup de lames du Yamato, faites pour les grands temples, n'étaient pas signées non plus, et certaines écoles ne signaient que du nom du groupe, comme l'Ichimonji de Bizen, parfois d'un seul trait (一, ichi), ou l'école Gassan.

D'autres fois, la signature fut ôtée exprès. Quand les Tokugawa se mirent à voir d'un mauvais œil les lames de Muramasa, des propriétaires effacèrent ou altérèrent sa signature. On raconte aussi que des daimyō grattèrent la signature d'une relique de famille pour que le shōgun ne la réclame pas, et que des signatures de forgerons mineurs furent effacées pour faire passer la lame pour un ō-suriage d'un grand nom. Devant une soie sans signature, la question est toujours triple : si elle n'en a jamais eu, si elle l'a perdue en étant raccourcie ou si quelqu'un l'a ôtée.

Soie d'un katana sans sa signature d'origine, à côté de sa bague dorée, avec une inscription incrustée d'or sur deux colonnes.
Le « Tsugaru Masamune », une lame fortement raccourcie et sans signature propre. L'inscription en or dit à qui elle appartenait, que c'est un Masamune raccourci et qu'un Hon'ami l'a expertisée, avec son paraphe. Musée national de Tokyo. Crédit: Underbar dk · CC BY-SA · via Wikimedia Commons

L'oshigata : une lecture, pas une photographie

Un oshigata (押形) est un relevé de la lame : le contour et la soie avec sa signature s'obtiennent en frottant une encre solide sur un papier fin posé sur l'acier, puis le hamon se dessine à la main, en regardant la lame. C'est une pratique propre au Japon.

Elle commence à l'époque de Muromachi avec des dessins de signatures et de soies, sans doute pour apprendre à reconnaître les fausses signatures. À Momoyama, elle en vient à consigner la forme et la trempe ; le plus célèbre de ce temps est celui de Hon'ami Kōtoku, avec les lames de Toyotomi Hideyoshi. La méthode actuelle, avec une encre solide appelée sekkaboku (石華墨), d'abord importée de Chine, se fixe à la fin d'Edo, et à l'ère Meiji on commence à dessiner le hamon au crayon, avec plus de précision. Le papier est maintenu par des poids, jamais par des aimants, qui aimanteraient la lame.

La photographie lui a pris une bonne part de son rôle, mais l'oshigata reste vivant dans l'étude, dans les ouvrages de référence et dans les examens. Bien dessiner un hamon est difficile et peu de gens le font, surtout des polisseurs. Et c'est là sa limite : un oshigata est la lecture de quelqu'un. Sesko a publié plusieurs oshigata d'une seule et même lame, faits par des experts, qui ne concordent ni sur le tracé du hamon, ni sur son activité, ni sur la pointe. Tout dépend de la familiarité du dessinateur avec le forgeron, du polissage (sur un polissage récent certains détails ressortent davantage, et la lame « se calme » avec les années) et du dessinateur lui-même. Un oshigata aide à étudier, mais il ne remplace ni la lame ni une bonne photographie.

Page de livre avec l'oshigata d'une lame : le contour découpé en tronçons, la trempe dessinée comme une ligne ondulée et la soie avec son trou.
Oshigata du Honjō Masamune, tiré d'un recueil de relevés anciens réédité en 1928. La lame a disparu après 1945, et le relevé est l'un des témoignages de ce à quoi elle ressemblait. Crédit: Unknown (1928 reprint, National Diet Library) · Domaine public · via Wikimedia Commons
Relevé à l'encre de la soie d'une lame, avec le trou, la trempe dessinée et des notes manuscrites autour.
Oshigata d'une lame de Muramasa, tiré d'un album publié en 1927, avec les notes manuscrites du dessinateur. Sur la soie, une inscription d'essai de coupe a aussi été relevée (voir Rangs, essais de coupe et titres). Crédit: Imamura Nagayoshi (Imamura oshigata, 1927) · Domaine public · via Wikimedia Commons
Le même contour de lame dessiné deux fois, marqué A et B, avec la ligne de trempe tracée de deux façons différentes.
Une lame, deux lectures : le contour est le même, parce qu'il est relevé, mais la trempe et son activité se dessinent à la main et chaque dessinateur les voit à sa façon. Schéma, pas un véritable oshigata. Schéma: Kantei

Les mots du kantei : images et élégance

Le vocabulaire du kantei sonne comme de la poésie et déroute le débutant. Il y a une raison : il n'a pas été créé par des métallurgistes, mais par des amateurs lettrés qui décrivaient en images ce qu'ils voyaient. Il y a de la science derrière, puisque l'activité de la trempe (hataraki, 働き) consiste en formations de martensite, à gros cristaux dans le nie et minuscules dans le nioi, mais les noms sont ceux d'un paysage :

TermeL'imageCe que c'est
sunagashi (砂流し)sable qui couledes traînées de nie le long du hamon, comme le dessin que laisse le sable entraîné par l'eau
kinsuji (金筋)fils d'ordes traits courts et brillants de nie dans la trempe, qui suivent les couches de l'acier ; il n'y a pas d'or
inazuma (稲妻)éclairun trait fin qui zigzague à travers le nie ou le nioi
yubashiri (湯走り)eau chaude qui courtdes taches de nie ou de nioi qui se détachent du hamon vers le corps de la lame
imozuru (芋蔓)tige de patate douceun kinsuji épais, long et terne, que l'on associe aux lames de Satsuma
mizukage (水影)ombre dans l'eauun utsuri qui monte en diagonale depuis la base de la lame ; on l'associe à la retrempe (saiha), mais il ne la prouve pas à lui seul, car l'école de Horikawa Kunihiro le montre sur des lames d'origine

Les images engendrent aussi des légendes. Le sunagashi ne s'obtient pas en jetant du sable dans l'argile de trempe, comme on l'entend parfois, et le mizukage ne marque pas le niveau de l'eau dans la cuve. Même les noms ont leur lecture : certains entendent dans imozuru une pointe de moquerie envers Satsuma, terre de patates douces, d'autres y voient un éloge de l'adresse de ses forgerons.

La façon dont ces phénomènes se forment et se voient est racontée dans La trempe à l'œil nu ; ici, ils comptent comme mots du kantei.

L'autre famille est celle de l'élégance, utile pour lire les descriptions du NBTHK. Ce sont des mots courants du japonais que la langue du sabre emploie avec des nuances propres, et Sesko les a étudiés un à un :

  • kōga (高雅) : noble et raffinée ; se dit des tachi du milieu et de la fin de Heian et de Kamakura.
  • koga (古雅) : l'élégance que donne l'ancienneté.
  • fūga (風雅) : celle d'un goût personnel et recherché.
  • tenga (典雅) : classique et correcte.
  • yūga (優雅) : celle qu'atteint l'artiste.
  • kanga (閑雅) : calme et retenue ; se dit par exemple d'une trempe droite et sobre chez un forgeron d'ordinaire flamboyant.
Bande agrandie d'une lame avec la trempe ondulée en blanc et cinq motifs numérotés : des traînées parallèles, deux traits droits, un zigzag, des taches détachées au-dessus de la trempe et un trait épais et sinueux.
Cinq hataraki au nom imagé : 1 sunagashi, 2 kinsuji, 3 inazuma, 4 yubashiri, 5 imozuru. Schéma, pas à l'échelle. Schéma: Kantei

Le jeu du kantei

Le nyūsatsu kantei (入札鑑定), le « kantei par enchères », est la manière traditionnelle d'entraîner l'œil. On présente plusieurs lames soie cachée ; chaque participant écrit son « enchère », le nom du forgeron qu'il croit l'auteur, et le juge répond par une formule fixe qui lui indique à quel point il s'est approché. Avec cet indice, il enchérit de nouveau ; l'usage est d'avoir jusqu'à trois enchères par lame.

RéponseCe qu'elle veut dire
atari (当り)touché : c'est ce forgeron
dōzen (同然)« c'est tout comme » : le maître, un élève ou un membre de la famille de l'auteur ; la réponse est acceptée
kuni-iri (国入り)la province est juste, le forgeron non
tōri (通り)une autre province, mais de la même grande région historique, l'une des routes de l'ancien système des circuits (goki-shichidō, 五畿七道)
jidai-chigai (時代違い)l'époque est fausse
iya (イヤ)rien à voir

Le noyau est commun, mais les noms exacts et le décompte des points changent d'un club à l'autre. En général, une réponse juste du premier coup rapporte plus qu'au deuxième, et un dōzen un peu moins qu'un atari.

Le jeu est ancien. Les Hon'ami le recommandaient comme exercice à l'époque d'Edo, et l'on en a des traces sûres au moins depuis le Bakumatsu : Sesko a étudié les listes de deux séances de 1860 et 1861 conservées par un samouraï de Satsuma, avec les propriétaires qui présentaient leurs lames, des juges qui se relayaient, les points notés à l'encre rouge et un vainqueur. Le mécanisme est presque le même qu'aujourd'hui.

Le NBTHK le fait vivre de deux façons. Lors de sa réunion mensuelle d'étude (teirei kanshōkai, 定例鑑賞会), le deuxième samedi de chaque mois au Musée du sabre japonais à Tokyo, on présente des lames pour le kantei, puis chaque réponse est publiée avec son raisonnement. Et dans sa revue, le shijō kantei (誌上鑑定), le « kantei sur le papier », donne chaque mois les données et l'oshigata d'une lame sans sa signature ; les membres envoient un vote et la solution paraît dans un numéro ultérieur.

L'avertissement de toujours : trouver souvent n'est pas comprendre la lame. Ce que l'on entraîne, c'est le regard, et on l'apprend en reliant ce qu'on a lu à ce qu'on a vu, et en interrogeant ceux qui savent.

Une cible de cinq anneaux au centre sombre et, à droite, six réponses numérotées en rōmaji et en japonais ; la sixième reste hors de la cible.
Les réponses du juge, de l'extérieur vers le centre : 1 iya, rien à voir ; 2 tōri, la même région ; 3 kuni-iri, la même province ; 4 dōzen, c'est tout comme ; 5 atari, touché. La 6, jidai-chigai, reste à part : l'époque est fausse. Schéma: Kantei

Le tranchant et la coupe : pourquoi on ne juge pas une lame à ce qu'elle coupe

« Combien coupe-t-elle ? » est la question qu'on entend le plus et celle qui en dit le moins. La coupe dépend de l'angle du tranchant, de son affûtage, de la dureté de la trempe, qui doit s'équilibrer avec la ténacité car un tranchant très dur est fragile, et de la forme et de la courbe de la lame. Et presque tout cela change à chaque polissage.

La lame japonaise ne recherche pas le tranchant le plus aigu possible. Ses faces se bombent vers le tranchant, avec de la « chair » (niku, 肉), ce que l'on appelle hamaguri-ba (蛤刃), le tranchant « en coquille de palourde ». Un tel tranchant est plus obtus et, en soi, coupe moins qu'un tranchant à faces planes ; en échange, il résiste mieux, et la courbe de la section réduit le frottement et laisse la lame pénétrer profondément sans coller. Ôter de la chair à une lame ancienne pour qu'elle coupe mieux l'use pour toujours.

Ce n'est pas un avertissement théorique. Certains pratiquants de la coupe de nattes (tameshigiri, 試し斬り) amincissent des lames anciennes pour leur ôter de la chair et qu'elles pénètrent mieux la cible, et ce faisant ils les détruisent : ce qu'on enlève ne revient pas, et une lame de plusieurs siècles finit en outil usé. Pour couper des nattes, on fait une lame neuve ; l'ancienne se conserve.

C'est pourquoi le kantei n'éprouve pas la lame : il l'étudie. La forme, l'acier et la trempe en disent plus sur une lame que n'importe quel essai, et ils ne l'usent pas. Les essais de coupe historiques, leurs inscriptions et les listes de forgerons qui en sont issues sont racontés dans Rangs, essais de coupe et titres.

Deux sections de lame, du dos au tranchant : la première aux faces bombées vers le tranchant, avec une flèche qui désigne le bombé ; la seconde aux faces planes.
1 Le tranchant hamaguri-ba, aux faces bombées (niku) : plus résistant et moins aigu. 2 Un tranchant à faces planes, plus aigu et plus fragile. La ligne en pointillé marque où serait la face plane. Schéma: Kantei

Brève histoire des experts

Les plus anciens livres sur les sabres qui nous soient parvenus sont des répertoires de forgerons et de signatures, les mei-zukushi (銘尽). Jusqu'en 2017, on tenait pour le premier le Kanchiin-bon (観智院本), ainsi nommé parce qu'il vient du Kanchiin, un sous-temple du Tō-ji de Kyoto : c'est une copie de 1423 de matériaux réunis vers 1316, avec des listes de forgerons, des généalogies d'écoles et des dessins de soies. Cette année-là, on a retrouvé dans les archives de la famille Ryūzōji, à la Bibliothèque préfectorale de Saga, un mei-zukushi copié en 1351 au dos de brouillons ; c'est aujourd'hui le plus ancien connu.

Les Hon'ami (本阿弥) furent la grande famille d'experts. La tradition la fait remonter à Myōhon (m. 1353), au service du shōgun Ashikaga Takauji. Hon'ami Kōtoku (m. 1619), neuvième chef de la famille, obtint de Toyotomi Hideyoshi, au début de l'ère Keichō, le droit d'expertiser les sabres et d'émettre des certificats, les origami (折紙), et dès lors la famille fut l'autorité du kantei pendant toute l'époque d'Edo. En 1611 parut le Kokon mei-zukushi (古今銘尽), qui, par ses nombreuses éditions, diffusa la connaissance des sabres chez les samouraïs. Et le treizième chef, Hon'ami Kōchū, compila avec sa famille, sur l'ordre du shōgun Tokugawa Yoshimune, le Kyōhō meibutsuchō (享保名物帳), la liste des sabres célèbres (voir Sabres célèbres et légendes ; un origami de Kōchū figure dans Papiers du NBTHK).

À l'époque moderne, Hon'ami Kōson (1879–1955), polisseur et chercheur, fonda en 1914 une société d'étude du sabre, ouvrit cette étude au grand public et donna sa forme définitive à la classification des cinq traditions (voir Le gokaden et les écoles). Après la guerre, Honma Junji (1904–1991), spécialiste des lames anciennes, et Satō Kan'ichi (1907–1978), spécialiste du shintō, connus sous leurs noms de plume Kunzan et Kanzan comme « les deux san » (ryōzan, 両山), furent parmi ceux qui convainquirent les autorités d'occupation que le sabre japonais était un art et pas seulement une arme. En 1948 naquit le NBTHK, dont tous deux furent des figures centrales.

Les experts eux-mêmes mettaient en garde contre les limites de leurs documents. En 1956, Satō Kanzan avertit dans la revue du NBTHK que des sayagaki (鞘書), avis écrits sur le fourreau de bois, circulaient faussement sous son nom, et demanda que personne n'achète sur la foi d'un sayagaki, mais en regardant la lame. Vers 1800, un marchand fit examiner par les Hon'ami un tantō signé « Masamune » : il se révéla être d'un autre forgeron du même nom, de Mino, et présentait en plus une fissure au tranchant. Ni la signature ni le document ne remplacent la lame.

Frise chronologique de 1300 à 1950 avec sept jalons numérotés, alternativement au-dessus et au-dessous, chacun avec son année et son nom en rōmaji et en japonais.
Les experts dans le temps : 1 le mei-zukushi des Ryūzōji (1351) ; 2 la copie du Kanchiin-bon (1423) ; 3 les origami de Hon'ami Kōtoku (vers 1596) ; 4 le Kokon mei-zukushi (1611) ; 5 le Kyōhō meibutsuchō (ère Kyōhō, 1716–1736) ; 6 la société d'étude de Hon'ami Kōson (1914) ; 7 le NBTHK (1948). Schéma: Kantei
Deux pages d'un ancien livre japonais, imprimé en colonnes, avec des noms de forgerons reliés par des lignes généalogiques.
Une double page du Kokon mei-zukushi dans son édition de 1702 : des noms de forgerons et les lignes qui relient maîtres et élèves. Bibliothèque de l'université Waseda. Crédit: Waseda University Library · Domaine public · via Wikimedia Commons