Papiers du NBTHK
Un papier ne transforme pas une lame en œuvre d'art : il consigne ce qu'un jury a décidé d'elle un jour donné, selon des critères publiés. Savoir qui l'a délivré, à quel niveau et en quelle année, c'est la moitié de la lecture d'une fiche. L'autre moitié consiste à savoir ce qu'il n'atteste pas : l'enregistrement japonais d'un sabre, par exemple, ne dit rien de son authenticité.
NBTHK et NTHK : deux sigles de valeur inégale
Le NBTHK — Nihon Bijutsu Tōken Hozon Kyōkai (日本美術刀剣保存協会), la société pour la conservation du sabre japonais en tant qu'art — a été fondé en 1948 ; il publie la revue Tōken Bijutsu et gère le Musée du sabre japonais, à Yokoami, dans l'arrondissement de Sumida à Tokyo. Ses examens, les shinsa, et ses critères publiés sont la référence du marché international.
Le NTHK — Nihon Tōken Hozonkai (日本刀剣保存会) — revendique une tradition plus ancienne, qui remonte à 1910. Après une scission, ce sont aujourd’hui deux organisations distinctes qui n’émettent pas la même chose. La NTHK-NPO, enregistrée comme association à but non lucratif en 2002, examine une fois par mois et délivre des kanteisho (鑑定書), des shinteisho (審定書) — quand la signature est bonne mais que l’état de la lame ne permet pas un kanteisho — et, pour les œuvres remarquables, un yūshūtō kanteisho (優秀刀鑑定書). L’échelle complète de 60 à 100 points, avec les grades les plus élevés, est celle de l’autre branche, celle qui tient des examens à l’étranger, surtout aux États-Unis :
| Grade NTHK | Points | Lecture |
|---|---|---|
| shinteisho | 60-69 | œuvre authentique |
| kanteisho | 70-84 | œuvre importante |
| yūshū-saku | 85-94 | œuvre très remarquable |
| sai-yūshū-saku | 95-100 | œuvre de la plus haute importance |
Les trois systèmes sont sérieux, mais ils ne sont ni équivalents ni interchangeables : un papier de l’un ou l’autre NTHK n’est pas un Hozon et n’en devient pas un, et un même mot, comme shinteisho, ne veut pas dire la même chose chez l’un et chez l’autre.
Le NTHK est né d’une revue : en 1910, Takase Ukō (高瀬羽皐, 1853–1924) fonda Tōken to rekishi (刀剣と歴史, Sabres et histoire), que l’association publie toujours. Son papier ne ressemble pas non plus à celui du NBTHK : sur la face intérieure, il décrit la lame rubrique par rubrique — la signature (meibun), la forge (kitae), le hamon, le bōshi, les gravures (chōkoku), la soie (nakago) et des remarques (bikō) avec la province et l’époque estimée, du type « vers Ōei » — et porte l’oshigata de la soie avec son sceau. Le kanteisho et le shiteisho du NBTHK ne décrivent pas la lame ; seul le Jūyō s’accompagne d’un texte argumenté, le setsumei.
Les deux branches gardent le même nom, Nihon Tōken Hozonkai (日本刀剣保存会), et une revue du même titre, Tōken to rekishi : le nom, à lui seul, ne suffit pas. D'après ce que chacune publie sur son site, on les distingue ainsi. La NTHK-NPO, association à but non lucratif (特定非営利活動法人, tokutei hieiri katsudō hōjin), a son secrétariat à Shinagawa (Tokyo) et examine le troisième dimanche de chaque mois, sauf en août (hozonkai.jp). L'autre a son siège à Kanda, dans l'arrondissement de Chiyoda (Tokyo), et son secrétariat à Osaka ; elle examine au siège le deuxième dimanche de chaque mois et a aussi examiné à San Francisco, avec le club de sabres de Californie du Nord (nihontouken.org). Cette seconde société raconte ainsi son origine : la revue paraît au printemps 1910 et la société est fondée en octobre 1912. Devant un papier de l'une ou de l'autre, ce qui identifie l'émetteur, c'est le sceau et l'adresse qu'il porte, pas le sigle.
Les quatre niveaux du NBTHK
| Niveau | Kanji | Sessions par an | Ce qu'il atteste |
|---|---|---|---|
| Hozon | 保存刀剣 | quatre | lame digne d'être conservée : signature correcte, ou attribution défendable si elle n'en porte pas |
| Tokubetsu Hozon | 特別保存刀剣 | quatre | particulièrement digne d'être conservée : meilleure facture et meilleur état |
| Jūyō | 重要刀剣 | une | importante, au niveau d'un Objet d'art important reconnu par l'État |
| Tokubetsu Jūyō | 特別重要刀剣 | une tous les deux ans | particulièrement importante, proche d'un Bien culturel important |
L'ordre est obligatoire et cumulatif : on ne présente au Tokubetsu Hozon que ce qui détient déjà le Hozon ; au Jūyō, que ce qui a passé le Tokubetsu Hozon ; et au Tokubetsu Jūyō, que ce qui a passé le Jūyō. Aucun échelon ne se saute, et le calendrier impose son rythme : une lame ne peut pas passer de rien à Jūyō en un an. Dans la pratique du dépôt, cependant, le NBTHK permet de demander Hozon et Tokubetsu Hozon ensemble à la première présentation.
Ce qu'exige chaque niveau, selon le texte officiel
Les critères sont publiés ; la version en vigueur est la révision du 19 mai 2015. En résumé :
- Hozon : œuvre non postérieure à l'époque d'Edo avec signature correcte, ou sans signature (mumei) mais dont l'époque, la province et la lignée sont identifiables. Une certaine fatigue ou quelque défaut est tolérée si la lame reste appréciable, et les restaurations ne doivent pas enlaidir l'ensemble. À partir de Meiji, seulement signée et bien faite. Les lames retrempées (saiha) sont refusées, sauf œuvres signées de forgerons célèbres non postérieures à Nanbokuchō, de grande valeur documentaire et peu endommagées à la lame et à la soie, qui peuvent passer avec cette mention. Les cas douteux sont mis en attente (horyū).
- Tokubetsu Hozon : parmi les lames Hozon, celles de meilleure facture et de meilleure conservation. Sont exclues les lames retrempées et les mumei de Muromachi et d'Edo, sauf si elles sont jugées œuvre supérieure d'un forgeron célèbre et se trouvent dans un état remarquable.
- Jūyō : parmi les Tokubetsu Hozon, celles de facture particulièrement remarquable et en bon état, comparables à un Objet d'art important (jūyō bijutsuhin). Les lames non signées ne sont admises que si elles ne sont pas postérieures à Nanbokuchō ; à partir de Muromachi une signature est requise, et à partir d'Edo, en principe, une soie intacte (ubu) et signée.
- Tokubetsu Jūyō : parmi les Jūyō, celles de facture exceptionnelle, en excellent état et de valeur documentaire extrême, équivalentes à un Objet d'art important ou proches d'un Bien culturel important (jūyō bunkazai).
Trois règles communes à tous les niveaux : un grand défaut qui enlaidit la pièce empêche l'admission ; les œuvres d'artistes vivants ne sont pas examinées ; et si une pièce déjà certifiée est présentée et échoue, le résultat est « en l'état » (genjō) et elle conserve son certificat antérieur.
Qui juge : les grades d'expert (den'i)
Le NBTHK n'examine pas que des sabres : il décerne aussi des grades à ceux qui les étudient. Son règlement des grades (伝位授与規程, den'i juyo kitei), dans sa révision du 19 mars 2015, en fixe quatre, que l'on demande dans l'ordre, l'un après l'autre, chacun dans deux branches : celle des lames et celle des montures et des garnitures.
| Grade | Comment on l'obtient |
|---|---|
| 初伝位 (shoden'i) | un examen écrit reçu par la poste et renvoyé dans les délais ; on l'obtient avec 80 points sur 100 |
| 中伝位 (chūden'i) | au siège, une dissertation de 60 minutes et une épreuve pratique de kantei, sur des lames ou des garnitures ; 80 points à chacune |
| 奥伝位待遇 (okuden'i taigū) | les deux épreuves précédentes et un oral de 30 minutes ; 80 points à chacune |
| 奥伝位 (okuden'i) | les trois mêmes épreuves, pour le grade le plus élevé |
Pour qui lit un papier, ce qui compte est l'article 9 : à partir de l'okuden'i taigū, le grade donne qualité pour siéger comme juge aux examens du NBTHK, 審査員 (shinsain) ; à partir du chūden'i, pour être instructeur de l'association. Les grades ne disent pas qui juge chaque session, mais ils disent ce qu'a dû démontrer, par des épreuves pratiques de kantei et un oral, celui qui peut la juger.
Anatomie d'un papier moderne, champ par champ
Le papier suit une présentation fixe, en colonnes verticales qui se lisent de haut en bas et de droite à gauche. Voici ce que porte un kanteisho (鑑定書) de Hozon ou de Tokubetsu Hozon ; le shiteisho (指定書) des Jūyō et Tokubetsu Jūyō change le titre et la formule. La photo est un vrai Hozon de 1996, dont l’auteur a masqué la signature et le numéro, et le schéma numérote chaque champ :
- Titre : 鑑定書 (kanteisho), en haut à droite.
- Type de pièce : 刀 (katana), 太刀 (tachi), 脇差 (wakizashi), 短刀 (tantō)…
- Signature : 銘 (mei) et la signature telle qu’elle est gravée ; s’il n’y en a pas, 無銘 (mumei) et l’attribution.
- Longueur : 長 (naga), dans les unités traditionnelles — shaku (尺), sun (寸) et bu (分) —, parfois avec 強 (kyō, « et un peu plus »). Celui de la photo indique 一尺八寸四分 (isshaku hassun yonbu), environ 55,8 cm. Pour la comparer à la nagasa mesurée, il faut la convertir en centimètres : un shaku vaut 30,3 cm (voir « Types de lame »).
- Niveau : il ne figure pas en tête du papier, mais dans la formule qui certifie l’examen : « 右は當協會に於て審査の結果保存刀剣と鑑定しこれを証する » (« nous certifions que la pièce de droite, examinée par cette association, est jugée Hozon tōken »).
- Date de l’examen : ère japonaise, année, mois et jour ; sur la photo, 平成八年 (Heisei 8, 1996).
- Sceau de l’association : sous son nom, 日本美術刀剣保存協會 (Nihon Bijutsu Tōken Hozon Kyōkai), le sceau rouge, en relief : on le sent au doigt, et c’est la vérification la plus citée contre les copies.
- Numéro et sceau partagé : en haut à droite, № et le numéro du papier. À côté, un sceau rouge coupé en deux par le bord : un sceau partagé (割印, wariin), apposé à cheval sur le papier et sur la feuille dont il a été détaché.
- Le tōrokushō de la lame : en bas à gauche, dans un cadre, l’enregistrement sous lequel la lame a été présentée : la préfecture (par exemple 東京都 教育委員会, Tōkyō-to kyōiku iinkai, le conseil de l’éducation de Tokyo), le numéro et la date d’enregistrement. Pour une lame exportée, c’est l’enregistrement rendu à sa sortie du Japon.
- Niveau perforé : en haut à gauche, en petits trous, le niveau abrégé — 特保 (tokuho) sur un Tokubetsu Hozon — et un chiffre.
- Photo de la soie : la photo (ou un oshigata, l’estampage à l’encre) de la lame ou de son nakago, avec sa signature et ses mekugi-ana, pour vérifier qu’elle correspond à la lame qu’on a devant soi.
Le support compte aussi : c’est un washi de qualité, au toucher bien différent d’une photocopie ou d’une impression de bureau, et cela fait partie de ce qu’un expert examine avant le texte.
Les anciens papiers et pourquoi ils ne comptent plus
Le NBTHK n'a pas inventé l'usage de coucher par écrit le jugement porté sur une lame. Dès l'époque d'Edo, la famille Hon'ami — polisseurs et experts au service du shogunat — délivrait ses propres origami : un papier plié portant l'attribution et, souvent, une estimation en argent. Celui de la photographie, daté de Genroku 15 (1702) et signé par Hon'ami Kōchū, certifie un tantō attribué à Yukimitsu et en note l’estimation en or. Les papiers du NBTHK, à la différence de ceux-ci, ne disent rien de l'argent ; ils ne jugent que la pièce. Le mot origami — « papier plié » — vient de là, et sert aujourd'hui à désigner tout jugement sur un sabre, qu'il vienne du NBTHK ou d'ailleurs.
Le schéma ci-contre numérote le niveau, la date de l'examen (en ère Shōwa), le numéro d'enregistrement et le sceau de qui a examiné la pièce ; les trois couleurs de papier sont détaillées dans le tableau :
- Titre et niveau : le papier est intitulé 認定書 (ninteisho), et le niveau figure dans la formule du texte ; ici, 特別貴重刀剣 (Tokubetsu Kichō).
- Date de l'examen : ère Shōwa, entre 1948 et 1982.
- Numéro d'enregistrement : propre à la session.
- Sceau de qui l'a examiné : une délégation locale ou le siège central.
- Kichō ninteisho (貴重刀剣) : papier blanc.
- Tokubetsu Kichō ninteisho (特別貴重刀剣) : papier vert.
- Kōshu Tokubetsu Kichō ninteisho (甲種特別貴重刀剣) : papier bleu.
| Papier | Couleur | Délivré |
|---|---|---|
| Kichō ninteisho (貴重刀剣) | blanc | du 12 septembre 1948 à mai 1982 |
| Tokubetsu Kichō ninteisho (特別貴重刀剣) | vert | de mars 1950 à mai 1982 |
| Kōshu Tokubetsu Kichō ninteisho (甲種特別貴重刀剣) | bleu | de septembre 1973 à mai 1982 |
| Jūyō tōken (重要刀剣) | — | depuis mai 1958, siège central uniquement |
| Tokubetsu Jūyō tōken (特別重要刀剣) | — | depuis décembre 1971, siège central uniquement |
En 1980, on découvrit que des délégations locales admettaient des pièces très au-delà de leur mérite, avec l'implication du crime organisé. Les délégations cessèrent d'examiner et, en septembre 1982, le NBTHK remplaça tous les niveaux antérieurs au Jūyō par les actuels Hozon et Tokubetsu Hozon. Ces ninteisho ne furent ni convertis ni revalidés : ils se lisent aujourd'hui comme des documents historiques, non comme des attributions, et pour disposer d'un avis en vigueur la lame doit repasser au shinsa. Le Jūyō et le Tokubetsu Jūyō, délivrés seulement par le siège, ne furent pas touchés et restent tenus pour fiables quelle que soit l'année.
Chez les collectionneurs, le débat reste vif : des centaines de milliers de papiers furent délivrés et beaucoup d'attributions étaient raisonnables. Mais comme critère d'achat, un papier vert ne soutient rien à lui seul, et représenter une lame médiocre confirme en général ce que l'on savait déjà, ou l'abaisse.
Repasser l'examen avec un papier en main
Le règlement d'examen du NBTHK (審査規程, shinsa kitei), dans sa révision du 27 mars 2023, en vigueur depuis le 1er avril, dit ce que devient le papier que l'on possède déjà quand la lame est de nouveau présentée. Son article 23, alinéa 3 : si elle est présentée avec le papier antérieur (旧証書, kyū shōsho) et qu'elle réussit, le NBTHK retire ce papier et délivre le nouveau. Et si elle échoue, les critères d'examen tranchent d'un mot, 現状 (genjō), « en l'état » : la lame reste comme elle était.
L'article 30, alinéa 2, contient une clause à lire avant de présenter quoi que ce soit : l'examen suit les critères du règlement lui-même et n'est pas une évaluation commerciale ; c'est pourquoi le NBTHK n'indemnise pas les préjudices commerciaux, comme une baisse de la valeur marchande, qui découleraient de son résultat. Qui représente une lame pour monter d'un niveau accepte qu'elle reste au même point, ou en sorte moins bien, sans que personne l'en dédommage.
Le même règlement ajoute trois points pratiques, utiles à qui passe par un agent : le NBTHK peut retenir la pièce tant que les frais ne sont pas réglés ou que le papier antérieur n'a pas été rendu ; si personne ne la récupère dans l'année qui suit le début des restitutions, il n'en répond plus, et deux ans plus tard il la considère comme abandonnée (article 31). Il peut aussi publier dans sa revue, en conférence et en exposition ce qu'il apprend d'une pièce examinée, avec ses photographies, mais pas le nom ni l'adresse du propriétaire sans son accord (article 32).
Papiers de koshirae et de tōsōgu
Les mêmes quatre niveaux existent pour la monture complète (tōsō, 刀装) et pour les garnitures isolées (tōsōgu, 刀装具), jugées à part de la lame. Une pièce bien documentée peut arriver avec trois papiers : un pour la lame, un pour le koshirae et un pour la tsuba.
L'accent se déplace. Pour les garnitures : œuvres jusqu'à Edo avec signature correcte, ou sans signature mais d'époque et d'école identifiables ; à partir de Meiji, bonne facture et bon état ; les pièces fondues postérieures à Meiji sont refusées ; et au niveau Tokubetsu Hozon jouent en défaveur les restaurations ou modifications visibles, le polissage excessif qui efface la couleur du temps et les signatures illisibles. Pour les montures : sans tsuba pas d'admission, sauf aikuchi ; l'absence de kozuka ou de kōgai est admise et mentionnée ; un tressage refait ne disqualifie pas s'il s'accorde au reste ; et les montures de fabrication étrangère ne sont pas examinées.
Comment lire un papier
Le certificat — kanteisho (鑑定書) pour les Hozon et Tokubetsu Hozon, shiteisho (指定書) pour les Jūyō et Tokubetsu Jūyō, et ninteisho (認定書) pour les Kichō d’avant 1982 ; on l’appelle aussi par habitude origami, bien qu’en toute rigueur ce nom soit celui des expertises anciennes — se lit de droite à gauche et donne, en colonnes : le type de pièce et la longueur de la lame, la signature ou l'attribution, le niveau accordé, la date de l'examen et le sceau de la société. Une photographie de la soie (nakago) y est jointe, et c'est là que se situe la vraie vérification : que cette soie, ses trous et cette signature soient bien ceux de la lame que l'on regarde, et que la longueur corresponde à la mesure réelle.
Deux avertissements. Le papier concerne la lame, non l'ensemble : un Tokubetsu Hozon ne dit absolument rien de la monture qui l'accompagne ni de la qualité du polissage actuel. Et l'attribution peut changer en montant de niveau : une lame non signée rattachée à une école au Hozon peut recevoir une autre attribution au Tokubetsu Hozon.
Comment vérifier un papier
Un papier se vérifie dans deux directions distinctes : que le papier lui-même soit authentique, et qu'il corresponde à cette lame. Confondre les deux questions est l'erreur la plus coûteuse.
Que le papier soit authentique. Le sceau de l'association est en relief, non imprimé : on le sent en y passant le doigt, et c'est la première chose que vérifie qui en a déjà vu des centaines. Le NBTHK tient un registre (台帳, daichō) de ce qu’il délivre et le consulte par téléphone (台帳照会, daichō shōkai) : il suffit de donner le numéro du papier et sa date d’émission. Pour une pièce importante, apporter la lame et le papier ensemble au siège de Tokyo reste la vérification définitive. Le registre suit le papier toute sa vie : sur les kanteisho et shiteisho qui portent au dos le nom du titulaire (名義, meigi), ce nom peut être changé ; un papier abîmé peut être remplacé ; et si un shiteisho est perdu, le NBTHK délivre une seule fois un certificat de remplacement (指定証明書, shitei shōmeisho). Des faux ont circulé même pour des Hozon et des Tokubetsu Hozon, les niveaux les plus courants : la prudence ne concerne donc pas que les papiers anciens. Ceux qui manient beaucoup de papiers modernes du NBTHK signalent d’autres éléments de sécurité : un filigrane à l’emblème de l’association visible par transparence, des kanji minuscules presque de la couleur du papier, un motif de petits trous différent pour Hozon et pour Tokubetsu Hozon, et une teinte de papier et d’enveloppe propre à chaque niveau. Ce sont des vérifications utiles, mais elles ne remplacent pas une demande au NBTHK lui-même.
Que le papier corresponde à cette lame. C'est là que sert la photographie ou l'oshigata de la soie qui accompagne le papier : il faut vérifier, un par un, que le nombre de mekugi-ana correspond, qu'ils sont à la même place, que le yasurime est le même et que la signature — s'il y en a une — se lit pareil sur la photo et sur la lame réelle. La longueur inscrite sur le papier doit correspondre à la nagasa mesurée sur la pièce ; si ce n'est pas le cas, soit le papier n'est pas celui de cette lame, soit la lame a changé depuis l'examen. Par convention, en outre, la signature d'un tachi et celle d'un katana se trouvent sur des faces opposées de la soie : la face où apparaît le mei sur la photo est donc, elle aussi, à vérifier.
Un papier sans la lame à côté, ou vendu séparément d'elle, est une raison de poser plus de questions, pas moins : le marché international a déjà vu des papiers authentiques associés à une lame différente de celle qu'ils certifiaient. Et il ne faut pas oublier qu’un papier change l’attitude de celui qui regarde la lame, non la lame : elle reste ce qu’elle est.
Autres émetteurs et autres documents
Le NBTHK et les deux NTHK ne sont pas les seuls à mettre un jugement par écrit, et il vaut mieux savoir quel document on a sous les yeux.
- Nihontō Bunka Shinkō Kyōkai (日本刀文化振興協会) : fondée en 2008 par une partie du NBTHK qui s’en est séparée. Elle ne juge pas les lames anciennes : elle délivre des certificats d’œuvre nouvelle pour les sabres de forgerons actuels et organise des expositions des métiers du sabre.
- Nihon Katchū Bugu Kenkyū Hozonkai (日本甲冑武具研究保存会) : les armures et les autres équipements ne sont pas jugés par le NBTHK mais par cette société, avec sa propre échelle de cinq degrés.
- Sociétés inventées : circulent des papiers d’allure officielle au nom d’organisations japonaises qui n’existent pas, faits pour donner à une lame une apparence de légitimité. Si l’émetteur n’est pas l’un des organismes connus, le papier n’atteste rien.
- Sayagaki (鞘書) : l’attribution qu’un expert écrit à l’encre sur le shirasaya. C’est un avis signé, pas un papier. Dès 1956, l’expert Satō Kanzan (佐藤寒山, 1907–1978) avertit que des sayagaki faux portant son nom circulaient et demanda qu’on achète en regardant la lame et la signature, non le fourreau.
Comment se forme le jugement qui aboutit à l’un de ces documents, et ce que la soie raconte au-delà de la signature, est expliqué dans « Kantei : comment on regarde une lame ».
Ce que chaque niveau signifie pour la valeur
Le papier ne fixe pas un prix : il certifie le jugement d'un jury à une date donnée, et c'est le marché qui décide combien le payer. Le niveau conditionne malgré tout la valeur d'une manière assez constante, parce qu'il conditionne la rareté.
Le calendrier le laisse déjà deviner : Hozon et Tokubetsu Hozon sont examinés quatre fois par an ; Jūyō, une fois ; Tokubetsu Jūyō, une fois tous les deux ans, et seulement parmi ce qui détient déjà le Jūyō. Chaque échelon filtre le précédent, si bien que la population se resserre vite. Selon des chiffres publiés à l'occasion du cinquantenaire du système du Tokubetsu Jūyō, il y avait en 2021 mille cent quarante-trois lames portant cette désignation, contre les dizaines de milliers qui ont le Hozon ou le Tokubetsu Hozon : l'écart de rareté entre un niveau et le suivant n'est pas graduel, c'est un ordre de grandeur différent, et le marché le reflète dans le prix plus que dans toute autre donnée de la fiche.
Le schéma ci-contre numérote la cadence de shinsa de chaque niveau et les extrêmes de rareté :
- Hozon : quatre sessions de shinsa par an.
- Tokubetsu Hozon : quatre sessions par an, uniquement sur ce qui détient déjà le Hozon.
- Jūyō : une session par an, uniquement sur ce qui détient déjà le Tokubetsu Hozon.
- Tokubetsu Jūyō : une session tous les deux ans, uniquement sur ce qui détient déjà le Jūyō.
- Base de la pyramide : le niveau le plus fréquent.
- Sommet de la pyramide : le niveau le plus rare.
Cela dit, chaque niveau joue un rôle différent :
- Hozon est le seuil qui sépare une lame de collection sérieuse d'une lame non étudiée : il certifie que la signature ou l'attribution tiennent, pas que la pièce soit exceptionnelle. C'est de loin le papier le plus courant, et le premier que demande tout acheteur sérieux.
- Tokubetsu Hozon distingue, parmi ce qui est déjà approuvé, la meilleure facture et le meilleur état ; en pratique, c'est le niveau le plus échangé entre collectionneurs, car il combine une disponibilité relative avec une qualité déjà filtrée.
- Jūyō est le vrai saut : une seule session par an, uniquement sur ce qui a déjà passé le Tokubetsu Hozon, et un critère comparé à celui d'un Objet d'art important reconnu par l'État. Le marché international traite la frontière entre Tokubetsu Hozon et Jūyō comme celle qui sépare une bonne lame d'une lame importante.
- Tokubetsu Jūyō est l'exception dans l'exception : mille cent quarante-trois lames dans toute l'histoire du niveau, à la date de 2021. Un papier de ce rang se rapproche, dans le traitement comme dans le prix, de celui d'un Bien culturel important.
Deux avertissements pour ne pas lire le niveau comme s'il s'agissait du prix. D'abord, le papier juge la lame, pas l'ensemble : une Tokubetsu Hozon au polissage fatigué ou à la monture pauvre vaut moins qu'une autre, de même niveau, bien conservée, et le papier n'en dit rien. Ensuite, le niveau n'est pas définitif : une lame peut être représentée des années plus tard et monter, si la recherche sur son école ou son forgeron a progressé, ou rester où elle était si elle échoue — on se souvient de la règle du genjō. Et entre NBTHK et NTHK, bien que tous deux soient sérieux, le marché international calibre ses prix sur les chiffres du NBTHK ; un papier du NTHK ne se traduit pas simplement en un niveau équivalent du NBTHK.
Le tōrokushō n'est pas un certificat d'authenticité
Le tōrokushō (銃砲刀剣類登録証, jūhō tōkenrui tōrokushō) est l'enregistrement exigé par la loi japonaise sur les armes à feu et les sabres, de 1958. Il est délivré par la direction préfectorale de l'éducation lors de sessions mensuelles d'enregistrement, accompagne la lame tant qu'elle reste au Japon et oblige à déclarer tout changement de propriétaire dans les vingt jours. C'est la lame qui est enregistrée, non son propriétaire.
Ce qu'il consigne, c'est la longueur, la courbure, le nombre de mekugi-ana et ce que dit la signature. Il ne juge ni l'authenticité de cette signature, ni la qualité, ni l'époque. Le confondre avec un papier d'authenticité est l'erreur la plus répandue chez les premiers acheteurs, et les fiches japonaises le mentionnent souvent comme « enregistrement japonais inclus ».
À l'exportation, le tōrokushō est restitué et l'Agence des affaires culturelles (文化庁, Bunkachō) délivre à sa place un certificat d'inspection pour l'exportation d'antiquités (古美術品輸出鑑査証明, ko-bijutsuhin yushutsu kansa shōmei). Les pièces classées Bien culturel important ou Trésor national ne peuvent quitter le Japon. C'est pourquoi une lame arrivée légalement en Europe vient sans tōrokushō : son absence ne dit rien, ni en bien ni en mal, sur la pièce.
Le papier du NBTHK note le tōrokushō sous lequel la lame a été présentée : la préfecture, le numéro et la date (voir plus haut l’anatomie d’un papier moderne). Si l’enregistrement de la lame change ensuite, le NBTHK corrige cette donnée sur le papier à la demande du propriétaire (登録証変更, tōrokushō henkō). Pour une lame exportée, l’enregistrement qui figure sur le papier est celui rendu à la sortie du Japon : qu’il ne corresponde à aucun document en vigueur est normal.
Le NBTHK en Europe
Hors du Japon, le NBTHK a une branche européenne, le NBTHK-EB (European Branch), et une branche américaine, le NBTHK-AB. La branche européenne réunit collectionneurs et étudiants lors de rencontres régulières dans différents pays d’Europe, avec des cours, des conférences, des exercices de kantei et l’étude en main de lames importantes, et elle traduit en anglais des parties de la revue Tōken Bijutsu. Elle part de la même idée que la maison mère : ce que l’on conserve, ce sont des œuvres d’art historiques, non des armes, et la valeur d’une lame tient à l’harmonie de son acier, de sa forme, de son hada et de son hamon, ce qui ne s’apprend qu’en voyant beaucoup de bonnes lames et en lisant les spécialistes. Pour qui débute en Europe, c’est le lieu naturel où apprendre à regarder.
Pour aller plus loin
- NBTHK · le shinsa pas à pas Page officielle : ordre obligatoire entre les niveaux, nombre de sessions par an et procédure. En japonais.
- NBTHK · critères d'examen (PDF) Texte officiel des critères pour lames, montures et garnitures, révision de 2015. En japonais.
- Japanese Sword Index · certificats et histoire Ce que dit chaque colonne d'un papier du NBTHK ou du NTHK, et une chronologie des anciens ninteisho, avec les couleurs et les dates exactes de chaque niveau entre 1948 et 1982.
- Le NBTHK, sur Wikipédia Histoire de la société, ses quatre niveaux et son musée ; indique aussi combien de lames détenaient le Tokubetsu Jūyō en 2021.
- NBTHK · démarches sur les papiers Page officielle : modification du tōrokushō noté, consultation du registre par téléphone, changement de titulaire, remplacement et certificat de remplacement. En japonais.
- NBTHK-EB · la branche européenne du NBTHK Ce qu’est la branche européenne, ses réunions d’étude et son programme. En anglais et en allemand.