Forgerons célèbres, période par période

Mille ans de sabres laissent quelques milliers de noms et quelques dizaines que tout le monde finit par connaître. Voici une référence rapide, classée par période, avec les dates d'activité que soutiennent les lames conservées, l'école de chacun et la raison précise pour laquelle il compte. À la fin, un résumé des grades de coupe (wazamono) publiés par la maison Yamada à l’époque d’Edo.

Comment lire une liste de forgerons

  • Signée ou anonyme. Une lame signée est zaimei (在銘) ; sans signature, mumei (無銘). La plupart des lames de Kamakura et du Nanbokuchō ont perdu leur signature lors du raccourcissement de la soie pour s'adapter à des montures plus tardives.
  • Attributions. L'anonyme s'attribue par le style, et le papier le dit prudemment : « den » (伝, « on dit ») ou le nom de l'école quand on n'atteint pas la main précise.
  • Attributions gravées. Les experts de la famille Hon'ami ajoutaient leur verdict sur la soie en or incrusté (kinzōgan-mei) ou en laque rouge (shu-mei). C'est une attribution ancienne, non une signature.
  • Fausses signatures. Pour les noms les plus célèbres, la fausse signature (gimei, 偽銘) est plus fréquente que l'authentique. Une signature se juge toujours avec le style de la lame, jamais seule.
  • Générations. Le nom d'atelier s'hérite : shodai (初代) est la première génération, nidai (二代) la deuxième, et les mains diffèrent. « Kanemoto » ou « Sukesada » désignent des dizaines de forgerons.
  • Surnoms. Kotetsu, Nosada, Magoroku ou Tōshirō sont des sobriquets d'usage courant, non ce que porte la soie.
  • Dates. « Actif à l'ère X » vient des œuvres datées conservées, non d'un registre. Les biographies antérieures à Edo sont des reconstitutions, et les dates des forgerons de Heian relèvent largement de la tradition.
Grille avec sept notions pour lire une liste de forgerons : zaimei/mumei, den, kinzōgan-mei et shu-mei, gimei, shodai/nidai, gō et dates d’activité.
Sept clés avant de lire les fiches : ce que signifie chaque terme quand il apparaît à côté du nom d’un forgeron. Schéma: Kantei

Heian et début de Kamakura

ForgeronÉcole et provinceActivitéPourquoi il compteTraits et œuvre de référence
Sanjō Munechika (三条宗近)Sanjō · YamashiroMilieu de Heian ; la tradition le place à l'ère Eien (987–989)Son tachi « Mikazuki » est trésor national et l'un des cinq sabres célèbres (tenka-goken). Il signait « Sanjō » ou « Munechika »Sugata élancée à courbure concentrée près de la soie (koshizori) et ko-midare fin en nioi ; son « Mikazuki Munechika », trésor national, est conservé au Musée national de Tokyo.
Yasutsuna (安綱)HōkiHeianAuteur du « Dōjigiri », trésor national placé d'ordinaire au premier rang des tenka-goken ; un nombre relativement élevé de ses œuvres subsisteAcier sombre et très actif, hamon suguha-chō en nioi à nie épais ; son « Dōjigiri Yasutsuna », trésor national, est au Musée national de Tokyo (fig.).
Tomonari (友成)Ko-BizenFin de Heian ; tradition de l'ère EienTenu, avec Sukenari, pour fondateur du Ko-Bizen et premier grand nom de la province qui a forgé le plus de sabresLame élancée à koshizori prononcé, itame fin à chikei et ko-chōji menu ; ses œuvres sont conservées au Musée national de Tokyo et au sanctuaire Kasuga Taisha.
Masatsune (正恒)Ko-BizenFin de Heian ; tradition de l'ère Chōtoku (995–999)Contemporain de Tomonari ; avec lui il fixe le modèle Ko-Bizen : lame élancée, courbure faible, ko-chōji en nioiLe même modèle Ko-Bizen que Tomonari, avec un ko-chōji au trait fin en nioi ; l’un de ses tachi, avec sa monture complète en laque nashiji, est conservé au Musée national de Tokyo (fig.).
Kanehira (包平)Ko-BizenFin de HeianL'« Ō-Kanehira », trésor national, est l'une des lames les plus célèbres du Japon ; l'un des « trois Hira » de Bizen avec Sukehira et TakahiraLame large et robuste, inhabituelle pour le Ko-Bizen, chōji-midare vif à ashi longues ; son « Ō-Kanehira », trésor national, est conservé au Musée national de Tokyo.
Estampe ukiyo-e du forgeron Sanjō Munechika forgeant une épée avec l’aide d’un esprit-renard d’Inari, d’après la légende nô de Kokaji.
Le forgeron légendaire Munechika, aidé d’un renard d’Inari, forge le tachi Ko-Gitsune-Maru. Estampe d’Ogata Gekkō, 1887, d’après la pièce nô « Kokaji ». Crédit: Ogata Gekkō (1859–1920) · Domaine public · via Wikimedia Commons
Photographie du tachi Dōjigiri Yasutsuna, lame de l’époque Heian et trésor national, avec la signature de Yasutsuna visible sur la soie.
Le Dōjigiri Yasutsuna, trésor national forgé par Yasutsuna et l’une des cinq épées célèbres (tenka-goken). Musée national de Tokyo. Crédit: ColBase (Museos Nacionales de Japón) · Museo Nacional de Tokio · CC BY · via Wikimedia Commons
Tachi signé par Masatsune avec sa monture complète en laque nashiji ornée de motifs de chrysanthème et de paulownia.
Un tachi de Masatsune, du XIIe siècle, avec sa monture itomaki-no-tachi ajoutée au XVIIIe siècle. Musée national de Tokyo. Crédit: ColBase (Museos Nacionales de Japón) · Museo Nacional de Tokio · CC BY-SA · via Wikimedia Commons

Milieu et fin de Kamakura

ForgeronÉcole et provinceActivitéPourquoi il compteTraits et œuvre de référence
Awataguchi Kuniyoshi (粟田口国吉)Awataguchi · YamashiroMilieu du XIIIe s.L'un des grands du tantō ; père ou maître de YoshimitsuTantō élégant à ko-nie fin en suguha ou suguha-chō ; ses œuvres classées Jūyō Bunkazai sont conservées dans des collections japonaises.
Awataguchi Yoshimitsu (吉光), « Tōshirō »Awataguchi · YamashiroŒuvres datées de Kenji et Kōan (1275–1288) ; actif vers l'ère Shōō (1288–1293)Le plus grand spécialiste du tantō du kotō et dernier maître de l'Awataguchi ; avec Masamune et Gō Yoshihiro il forme les tenka-sansakuTantō sans sori ou à léger uchizori, ji extrêmement raffiné en ko-itame, suguha à nie fin ; son « Atsu Tōshirō », trésor national, est conservé au Musée national de Tokyo (fig.).
Rai Kunitoshi (来国俊)Rai · YamashiroSignatures datées de 1279 à 1321 ; l'une de 1315 ajoute « faite à l'âge de 75 ans »Une carrière de plus de cinquante ans et une œuvre abondante ; on débat encore si le « Niji Kunitoshi » à deux caractères est lui ou un forgeron antérieurItame serré à jifu, suguha ou suguha-midare à nie fin avec kinsuji ; œuvre abondante répartie entre musées et collections japonaises.
Mitsutada (光忠)Osafune · BizenMilieu du XIIIe s. ; école fondée vers 1238Fondateur d'Osafune, l'école à la plus forte production de toute l'histoire du sabreChōji-midare haut et spectaculaire à ashi profondes, o-midare sur certaines pièces ; ses œuvres, trésor national, sont conservées au Musée national de Tokyo et au musée Nezu.
Nagamitsu (長光)Osafune · BizenSeconde moitié du XIIIe s.Fils de Mitsutada ; œuvre nombreuse et souvent signée, la référence pratique du Bizen classiqueChōji-midare plus contenu que celui de son père, parfois suguha ; œuvre signée abondante, répartie entre musées japonais.
Kagemitsu (景光)Osafune · BizenDe l'ère Kagen (1303–1306) à Kenmu (1334–1336)Fils de Nagamitsu ; il perfectionne le kataochi-gunome, hamon « à l'épaule tombante » qui trahit sa mainKataochi-gunome, le hamon « à l’épaule tombante » qu’il invente lui-même, sur itame serré ; ses œuvres, trésor national, sont conservées au Musée national de Tokyo.
Shintōgo Kunimitsu (新藤五国光)Sōshū · SagamiFin du XIIIe – début du XIVe s.Premier représentant identifiable du Sōshū et maître de la génération de Masamune ; ses tantō comptent parmi les plus fins de la périodeTantō à sugata resserrée, suguha à nie brillant avec chikei ; ses tantō comptent parmi les plus belles pièces de la période, dans des musées et collections japonaises.
Tantō Atsu Tōshirō, œuvre d’Awataguchi Yoshimitsu, au profil épais et à la lame presque sans courbure.
L’« Atsu Tōshirō », tantō de Yoshimitsu connu pour son épaisseur inhabituelle (atsu, « épais »). Musée national de Tokyo. Crédit: Kakidai · CC BY-SA · via Wikimedia Commons

Nanbokuchō

ForgeronÉcole et provinceActivitéPourquoi il compteTraits et œuvre de référence
Masamune (正宗)Sōshū · Sagamiv. 1264–1343 ; œuvre située entre 1288 et 1328Le nom le plus célèbre du métier. Il a très peu signé, de sorte que presque tout ce qu'on lui attribue est mumei ; son apport technique est le nie gros et brillantNie gros et brillant, chikei abondant, hada très active : le Sōshū-den dans sa forme la plus épurée ; son « Hyūga Masamune », trésor national, est conservé au musée Mitsui (fig.).
Sadamune (貞宗)Sōshū · SagamiPremière moitié du XIVe s.Fils adoptif ou élève de Masamune ; son œuvre non signée s'attribue par le style et passe pour la continuation la plus pure du maîtreProlonge le nie gros de Masamune avec une touche plus sereine, suguha-notare en nie ; œuvre mumei attribuée par le style, répartie entre musées et collections japonaises.
Gō Yoshihiro (郷義弘)EtchūMilieu du XIVe s.Le troisième des tenka-sansaku ; mort jeune, aucune lame signée de sa main n'est connueHada si raffinée qu’elle frôle le muji, sans grain visible, à nie profond ; aucune lame signée de sa main n’est connue, toutes s’attribuent par le style.
Norishige (則重)EtchūPremière moitié du XIVe s.L'acier le plus spectaculaire de la période : le matsukawa-hada, « écorce de pin », en grands tourbillons de chikeiMatsukawa-hada en grands tourbillons de chikei, nie épais ; œuvre rare et très prisée, dans des musées et collections japonaises.
Kaneuji (兼氏)Shizu · MinoPremière moitié du XIVe s.Forgeron de l'école Tegai de Yamato qui étudia la méthode Sōshū et fonda la tradition de Mino ; ses lames se disent Yamato-ShizuTranspose la hada du Sōshū au Mino : itame à chikei, notare en nie ; ses lames Yamato-Shizu sont la charnière entre les deux traditions.
Kanemitsu (兼光)Osafune · Bizenv. 1328–1360Fils de Kagemitsu ; il passe du hamon ordonné de son père au large notare du Nanbokuchō et compte parmi les Bizen les plus réputés de la périodeNotare ample hérité du Nanbokuchō, itame à utsuri ; œuvre abondante et signée, référence du Bizen tardif.
Chōgi (長義)Osafune · BizenMilieu du XIVe s.Chef du Sōden-Bizen, le Bizen qui adopte les moyens du SōshūNotare large mêlé de gunome, hitatsura occasionnel : les moyens du Sōshū sur base Bizen ; chef du Sōden-Bizen.
Ancien portrait du forgeron Masamune, conservé au temple Daigyōji de Kamakura.
Portrait traditionnel de Masamune, le nom le plus célèbre du Sōshū, provenant du temple Daigyōji. Crédit: Autor desconocido · templo Daigyōji, Kamakura · Domaine public · via Wikimedia Commons
Illustration ancienne avec les portraits de Gō Yoshihiro, Masamune et Awataguchi Yoshimitsu, les tenka-sansaku.
Gō Yoshihiro (en haut), Masamune (au centre) et Awataguchi Yoshimitsu (en bas) : les tenka-sansaku, les « trois grands maîtres sous le ciel ». Crédit: Autor desconocido · Domaine public · via Wikimedia Commons
Tantō Hyūga Masamune avec sa monture complète, trésor national attribué à Masamune.
Le « Hyūga Masamune », tantō attribué à Masamune et trésor national, avec sa koshirae. Musée Mitsui, Tokyo. Crédit: Kakidai · CC BY-SA · via Wikimedia Commons

Muromachi et Sengoku

Avec les guerres du XVIe siècle la demande explose et l'arme de série apparaît — les kazu-uchi-mono — à côté des commandes de qualité. Les noms de cette époque sont à la fois signatures d'auteur et marques d'atelier.

ForgeronÉcole et provinceActivitéPourquoi il compteTraits et œuvre de référence
Kanemoto (兼元), « Magoroku »Seki · Mino2e génération, ères Eishō (1504–1521) et Daiei (1521–1528)Il fixe le sanbonsugi, les « trois cèdres » ; son œuvre a une réputation de coupe et figure au grade wazamono le plus élevéLe sanbonsugi, le hamon à pointes régulières « trois cèdres » qui l’identifie sans ambiguïté ; œuvre abondante, classée au grade wazamono le plus élevé.
Kanesada (兼定), « Nosada »Seki · Mino2e génération, première moitié du XVIe s.Il reçut le titre d'Izumi no Kami, très rare pour un forgeron ; le tracé du caractère 定 (sada) lui vaut son surnomGunome-midare régulier à nioi large ; le tracé particulier avec lequel il cisèle le caractère 定 (sada) de sa signature est un critère d’authentification.
Muramasa (村正)Kuwana · IsePremières décennies du XVIe s. ; deux ou trois générationsLames redoutées pour leur coupe et de style agressif. À l'époque d'Edo elles devinrent un symbole anti-Tokugawa et la littérature leur attribua une malédictionHamon agressif, gunome-midare irrégulier et parfois hako-midare, sur sugata robuste ; une de ses lames, Bien d’art important, dans une photographie de 1933 (fig.).
Sukesada (祐定)Osafune · BizenXVIe s.La signature la plus répétée du Sue-Bizen, portée par de nombreuses mains : une commande de Yosōzaemon Sukesada et une arme de série du même nom n'ont rien de communL’acier varie beaucoup selon la main ; les commandes de Yosōzaemon Sukesada, de meilleure qualité et plus soignées, se distinguent nettement de la production en série du même nom.
Photographie d’époque d’une lame signée par Muramasa, publiée dans une étude de 1933.
Une lame de Muramasa classée Bien d’art important, dans une photographie de 1933 de Hisao Koizumi. Crédit: Hisao Koizumi (1885–1942), «Nihontō no Kindai Kenkyū», 1933 · Domaine public · via Wikimedia Commons

Shintō (1596 – 1781)

ForgeronCentreDatesPourquoi il compteTraits et œuvre de référence
Umetada Myōju (埋忠明寿)Kyoto1558–1631Tenu pour le père du shintō ; il travailla dans le quartier de Nishijin et fut aussi graveur et auteur de gardes de sabre de premier planSuguha raffiné en nie, plus des horimono très élaborés de sa main ; on lui attribue la fixation du kantei moderne de la signature ciselée.
Horikawa Kunihiro (堀川国広)KyotoÈre Keichō (1596–1615)Samouraï au service des Itō de Hyūga jusqu'à la ruine de la maison en 1577 ; il forgea en itinérant et fonda, dans le quartier de Horikawa, l'école de Kunimichi, Kunisada et KunisukeSugata robuste, de transition entre kotō et shintō, notare-gunome à nie épais ; son œuvre d’itinérant est rare et très recherchée.
Hizen Tadayoshi I (肥前忠吉)Saga · Hizen1572–1632Envoyé par les Nabeshima étudier chez Myōju en 1596, à vingt-cinq ans ; il fonde l'école la plus durable du shintō. À partir de 1624 il signe Musashi Daijō TadahiroLe konuka-hada, un grain très fin « comme du son de riz » propre à l’école, sous un suguha étroit en nioi ; un de ses exemplaires, Tokubetsu Jūyō, en photographie réelle (fig.).
Yasutsugu (康継)Echizen et EdoPremière moitié du XVIIe s.Forgeron des Tokugawa : il emploie le caractère 康 (yasu) du nom d'Ieyasu et grave la mauve de la maison. Célèbre pour avoir refait des lames brûlées dans des incendies et pour son usage de fer importéUtilise du fer d’importation (nanban-tetsu) pour une partie de son œuvre, suguha ou notare ; il grave la mauve des Tokugawa sur les pièces commandées directement par la famille.
Nagasone Kotetsu (長曽祢虎徹)EdoMort en 1678 ; installé à Edo vers 1656Armurier d'Echizen passé aux lames après la cinquantaine. Son juzu-ba « chapelet » et sa réputation de coupe en ont fait le nom le plus contrefait du shintōLe juzu-ba, le hamon « en chapelet » à pointes arrondies et régulières ; un de ses exemplaires, portant l’inscription de coupe de Yamano Kaemon Nagahisa, est conservé au musée d’Art Tokyo Fuji (fig.).
Tsuda Echizen no Kami Sukehiro (津田越前守助広)Ōsaka1637–1682 ; titre d'Echizen no Kami en 1658Inventeur du tōran-ba, le hamon « en vagues déferlantes » que tous ses successeurs ont copiéLe tōran-ba, le hamon « en vagues déferlantes » qu’il invente, à nioi large et lumineux ; œuvre très imitée après lui.
Inoue Shinkai (井上真改)Ōsaka1630–1682Fils d'Izumi no Kami Kunisada ; appelé « le Masamune d'Ōsaka » pour son acier et son suguha en nie. Il travailla avec SukehiroSuguha à nie fin et acier très net, proche du Sōshū classique ; œuvre rare en raison de sa mort précoce, très prisée.
Katana de Nagasone Kotetsu avec une incrustation d’or sur la soie enregistrant un essai de coupe.
Un katana de Kotetsu à kinzōgan-mei : l’incrustation d’or atteste que Yamano Kaemon Nagahisa trancha avec lui quatre corps superposés en 1665. Musée d’art Tokyo Fuji. Crédit: Museo de Arte Tokyo Fuji · CC0 · via Wikimedia Commons
Katana signé par Hizen Tadayoshi, au grain konuka-hada caractéristique de l’école de Saga.
Un katana de Hizen Tadayoshi, classé Tokubetsu Jūyō Tōken, au jihada fin et régulier typique de l’école. Crédit: SLIMHANNYA · CC BY-SA · via Wikimedia Commons

Shinshintō et gendaitō

ForgeronCentreDatesPourquoi il compteTraits et œuvre de référence
Suishinshi Masahide (水心子正秀)Dewa et Edo1750–1825Père du shinshintō : au service de la maison Akimoto, il prêcha par ses écrits et son atelier le retour aux techniques du kotō et forma la génération suivanteIl défendit d’abord le shintō de son temps, puis finit par prêcher le retour au kotō ; un de ses exemplaires, daté de 1791, est conservé au Museum of Fine Arts de Boston (fig.).
Hosokawa Masayoshi (細川正義)Shimotsuke (Kanuma) et le domaine de Tsuyama1786–1858Il entra en 1805 dans l’atelier de Suishinshi Masahide et devint, avec Taikei Naotane, l’un de ses deux élèves les plus distingués ; il signait parfois « Sakuyō bakkashi Hosokawa Masayoshi ».Chōji-midare en clé Bizen sur itame serré ; son yasurime particulier fut imité par ses disciples.
Chōunsai Tsunatoshi (長運斎綱俊)Yamagata et Edo1798–1863Élève de Masahide qui travailla en clé Bizen, avec un chōji-midare très vivantChōji-midare vif en clé Bizen, hérité de Masahide.
Taikei Naotane (大慶直胤)Yamagata et Edo1778–1857Souvent tenu pour le plus doué de l'école ; titres de Chikuzen Daijō (1821) et Mino no Suke (1848). Il maîtrisa les cinq traditions, surtout Bizen et Sōshū, et continua de voyager pour forger passé soixante-dix ansIl maîtrisa les cinq traditions ; un de ses daishō, signé en Tenpō 7 (1836), montre son itame serré et la variété de ses hamon (fig.).
Minamoto Kiyomaro (源清麿)Edo1813–1854« Le Masamune de Yotsuya » : œuvre rare, lame puissante et hamon violent en nie. Il mourut en 1854, selon la tradition de sa propre main et des commandes non honoréesHamon violent à nie épais sur sugata puissante ; un de ses daishō, de 1848 et documenté sur Wikimedia Commons, montre ces deux traits (fig.).
Sa Yukihide (左行秀), « Tōko »Chikuzen, puis Tosa1813–1885Il se disait descendant du maître médiéval Samonji de Chikuzen ; formé à Edo auprès de Shimizu Hisayoshi, il devint en 1856 le forgeron attitré du clan Yamanouchi à Tosa et l’un des grands noms du Bakumatsu.S’inspira d’Inoue Shinkai : nioiguchi large et clair chargé de ko-nie ; il forgea aussi des lames droites, sans sori, peu avant la restauration de Meiji, certaines possédées par Sakamoto Ryōma et Saigō Takamori.
Gassan Sadakazu (月山貞一)Ōsaka1836–1918Il survécut au Haitōrei grâce à des commandes cérémonielles et à une gravure de grande qualité ; en 1906 il fut nommé artiste de la Maison impérialeIl maîtrise l’ayasugi-hada, le grain « ondulé » propre à l’école Gassan, ainsi qu’une gravure (horimono) d’une grande finesse.

Après 1953 le métier revient sous licence. Six forgerons ont été déclarés trésors nationaux vivants — détenteurs d'un bien culturel immatériel important : Takahashi Sadatsugu (1955), le premier ; Miyairi Akihira (1963) ; Gassan Sadakazu II (1971), celui du XXe siècle et non son homonyme du XIXe ; Sumitani Masamine (1981) ; Amata Akitsugu et Ōsumi Toshihira (tous deux en 1997). Aucun n’est encore en vie. Au concours annuel de la NBTHK, mukansa (無鑑査) n’est pas un prix mais une dispense de jury, obtenue en accumulant les prix : 39 forgerons l’ont reçue entre 1958 et 2019. Les conditions, la liste complète et le prix Masamune figurent dans « Rangs, essais de coupe et titres ».

Katana signé par Suishinshi Masahide et daté de 1791, avec sa signature et la date gravées sur la soie.
Un katana de Masahide daté de Kansei 3 (1791). Museum of Fine Arts de Boston. Crédit: SLIMHANNYA · CC BY-SA · via Wikimedia Commons
Daishō, la paire assortie de katana et de wakizashi, signée par Taikei Naotane en 1836.
Un daishō de Taikei Naotane, signé en Tenpō 7 (1836) : la paire d’épée longue et courte qu’un samouraï portait ensemble. Crédit: SLIMHANNYA · CC BY-SA · via Wikimedia Commons
Daishō signé par Minamoto Kiyomaro, avec le hamon puissant en nie qui le caractérise.
Un daishō de Kiyomaro, « le Masamune de Yotsuya » : œuvre rare et très recherchée du shinshintō tardif. Crédit: SLIMHANNYA · CC BY-SA · via Wikimedia Commons

Les grades de coupe (wazamono) en bref

À l’époque d’Edo, la maison Yamada, chargée d’éprouver les sabres du shogunat, notait comment coupaient les lames de chaque forgeron. De ces essais est né le Kaihō Kenjaku (懐宝剣尺), publié à l’automne 1797 avec les résultats de Yamada Asaemon Yoshimutsu, cinquième chef de la maison, et réédité en 1805 et 1815. Le Kokon Kaji Bikō (古今鍛冶備考, 1830), qui porte le nom de Yoshimutsu bien qu’il ait paru après sa mort, l’a révisé et augmenté.

GradeRéussites sur dixForgerons en 1797
saijō ō-wazamono (最上大業物)8–912, plus 3 ajoutés ensuite
ō-wazamono (大業物)7–821
yoki-wazamono ou ryō-wazamono (良業物)5–750
wazamono (業物)3–480
catégorie mixte, kongō (混合)selon la lame65

L’édition de 1797 répartit 163 forgerons dans les quatre grades et 65 de plus dans la catégorie mixte : 228 au total. Les éditions suivantes ont corrigé des grades et ajouté des noms ; la liste japonaise de Wikipédia donne trois ajouts au grade suprême : Soboro Sukehiro en 1805, puis Osafune Kanemitsu et Izumi no Kami Kanesada en 1830 (la liste anglaise donne Kagemitsu au lieu de Kanemitsu). Le grade suprême de 1797 compte Nagasone Okisato (Kotetsu) et Nagasone Okimasa ; Seikan Kanemoto et Magoroku Kanemoto, de Seki ; Hizen Tadayoshi I et Mutsu no Kami Tadayoshi, de Hizen ; Sendai Kunikane I ; Miyoshi Nagamichi I ; Tatara Nagayuki ; Osafune Hidemitsu II et Osafune Motoshige ; et Mihara Masaie IV.

Trois mises en garde. La liste mesure le tranchant, non l’art : les grands noms de Kamakura y figurent à peine, car des lames de ce rang n’étaient pas soumises à l’essai. Le résultat dépendait aussi du polissage et de la main qui coupait. Et le grade appartient au forgeron, et à une génération précise, non à une lame : il faut vérifier de quelle génération il s’agit.

Les listes complètes, grade par grade, la manière d’éprouver et la lecture d’une inscription de coupe se trouvent dans « Rangs, essais de coupe et titres ».

Quatre barres en escalier avec le nombre de forgerons de chaque grade de wazamono en 1797 — 12, 21, 50 et 80 — et une case à part avec les 65 de la catégorie mixte.
Les grades du Kaihō Kenjaku de 1797, du suprême au quatrième, avec les réussites sur dix coupes : 12, 21, 50 et 80 forgerons (163), plus 65 dans la catégorie mixte (228). Le « +3 » correspond aux ajouts au grade suprême en 1805 et 1830. Schéma: Kantei